Responsabilités partagées dans la crise universitaire ivoirienne. Steve Beko, cadre du PPA-CI, examine les rôles des différents acteurs, de la FESCI aux autorités, dans les troubles actuels sur les campus.
La crise qui secoue actuellement les universités ivoiriennes ne peut se résumer à la seule action de la FESCI (Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d'Ivoire). Steve Beko, ancien membre de cette organisation, propose une analyse nuancée de la situation, mettant en lumière les responsabilités partagées entre différents acteurs.
L'histoire de la FESCI, depuis sa création en 1990, est marquée par des périodes de lutte, de répression, mais aussi de controverses. Née dans un contexte de changements politiques majeurs, tant au niveau international que national, la FESCI s'est positionnée comme un défenseur des intérêts des étudiants face aux politiques d'ajustement structurel.
Au fil des années, le mouvement a connu des mutations importantes, passant d'une organisation clandestine et réprimée à un acteur reconnu du paysage universitaire. Cependant, cette évolution s'est accompagnée de défis internes et externes qui ont façonné son image actuelle.
La situation actuelle : un héritage complexe
La crise actuelle dans les universités ivoiriennes trouve ses racines dans une histoire complexe. Steve Beko souligne que la FESCI, bien que souvent pointée du doigt, n'est pas le seul acteur responsable de la situation. Il pose la question : « Comment des étudiants ont-ils pu occuper illégalement des chambres du seul fait de la FESCI ? »
Cette interrogation met en lumière la nécessité d'examiner le rôle des autorités universitaires et gouvernementales dans la gestion des résidences étudiantes. Beko affirme : « La responsabilité des autorités universitaires, notamment du ministre de l'enseignement supérieur et des directeurs des centres régionaux des œuvres universitaires (CROU) et du parti au pouvoir est fortement engagée dans ces occupations dites illégales qui ne sauraient être le fait des étudiants exclusivement. »
Le débat sur la situation universitaire est marqué par des accusations croisées. Kambou Sié, secrétaire général de la FESCI, a récemment pointé du doigt « des gens tapis dans l'ombre, des élus locaux proches du pouvoir » qui chercheraient à contrôler l'organisation. Ces accusations, qui incluent des allégations de trafic de drogue dans les espaces universitaires, n'ont pas été suivies d'enquêtes judiciaires, ce qui soulève des questions sur la volonté réelle de résoudre les problèmes.
Steve Beko s'interroge : « Face à la gravité des accusations, la justice aurait dû se saisir de l'affaire. Elle ne l'a pas fait. Pourquoi ? »
La situation à Bouaké : un cas révélateur
La situation à Bouaké illustre la complexité du problème. Beko note : « La FESCI n'existe pas à Bouaké mais les résidences universitaires ont commencé à y être vidées. Qui sont ces étudiants qui vendent des chambres à Bouaké ? » Cette observation souligne que les problèmes dans les résidences universitaires ne peuvent être attribués uniquement à la FESCI.
Le cas de Bouaké met en lumière l'existence d'autres acteurs, comme le Comité des Élèves et Étudiants de Côte d'Ivoire (CEECI). Beko pose la question : « Qui vend les chambres à Bouaké et avec la complicité de qui ? » Cette interrogation souligne la nécessité d'une enquête approfondie sur les réseaux impliqués dans la gestion informelle des logements étudiants.
Une approche équilibrée nécessaire
Face à cette situation complexe, Steve Beko appelle à une approche équilibrée. Il reconnaît la nécessité de réformes dans l'espace universitaire, mais insiste sur l'importance d'une justice impartiale. « S'il faut encourager les efforts du gouvernement pour pacifier l'espace universitaire, il faut avoir le courage de demander au chef de l'État d'exiger des comptes à ses collaborateurs, » affirme-t-il.
Beko souligne l'importance de ne pas faire des étudiants les seules victimes de cette crise. Il rappelle que si la FESCI a pu commettre des erreurs, les étudiants en sont aussi les principales victimes. « Si la FESCI est un monstre, alors ses principales victimes sont les étudiants. Pourquoi le monstre et sa victime devraient-ils connaître le même sort ? » interroge-t-il.
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Pour résoudre durablement la crise universitaire, Beko suggère une approche globale qui prenne en compte tous les acteurs impliqués. Il appelle à une lutte contre l'impunité qui ne soit pas sélective, soulignant que « La FESCI doit s'asseoir sur le banc des accusés. Mais elle ne peut pas y être seule. »
Cette analyse met en lumière la nécessité d'une réforme profonde du système universitaire ivoirien, impliquant non seulement les organisations étudiantes, mais aussi les autorités universitaires et gouvernementales. Une telle approche permettrait de traiter les causes profondes des problèmes plutôt que de se concentrer uniquement sur leurs symptômes.
En conclusion, la crise universitaire en Côte d'Ivoire apparaît comme un défi complexe nécessitant une réponse nuancée et inclusive. Au-delà des actions de la FESCI, c'est tout un système qui doit être repensé pour garantir un environnement universitaire sain et propice à l'apprentissage.
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