Côte d’Ivoire : la théorie du complot ou comment depuis Houphouët le pouvoir ivoirien écarte ses opposants

Pour El Hadj Mamadou Traoré, Guillaume Soro est victime d’un complot imaginaire encore appelé théorie du complot. Ce n’est pas une première en Côte d’Ivoire

Notre pays ne finira pas d’étonner le monde avec ses différents complots réels ou supposés. En effet, depuis Houphouët jusqu’à nos jours, pour neutraliser leurs adversaires politiques, nos gouvernants les ont toujours accusés de tentative de déstabilisation de leur pouvoir à travers des faux complots.

En effet, avec Houphouët, nous avons connu en 1959, alors que son candidat Auguste Denise venait de perdre au profit de Jean-Baptiste Mockey le poste de Secrétaire Général du PDCI-RDA  » le complot du chat noir » avec pour accusé principal Jean-Baptiste Mokey.

Les « complots » sous Houphouët

En effet, Houphouët a attribué un complot contre lui à certains de ses compagnons de lutte qu’il accusait de vouloir le tuer par des pratiques mystiques en faisant enterrer un chat noir avec sa photo dans les boyaux de l’animal. Cela a valu des arrestations et des emprisonnements de plusieurs de ses compagnons dont Mockey et Amadou Koné.

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En janvier 1963, sous Houphouët,nous avons connu, alors qu’il sentait son pouvoir menacé par des jeunes intellectuels du PDCI, ce qu’on a appelé « le complot des jeunes » avec comme accusé principal Amadou Koné, le Président de la jeunesse du PDCI à l’époque.

Houphouët l’a accusé de vouloir renverser son régime avec l’aide de jeunes diplômés venus fraîchement de France après leur étude. Cela leur a valu des arrestations et des emprisonnements.

En août 1963, toujours sous Houphouët, nous avons connu, alors qu’il sentait son pouvoir menacé par ses compagnons de lutte du PDCI, « le complot des anciens »ou « le complot Mockey » avec comme accusé principal encore Mockey où des personnes comme Charles Donwahi et Amadou Thiam ont été arrêtées, torturées et incarcérées. Houphouët les a accusé d’avoir attenté à la sûreté de l’Etat.
Des années plus tard, Houphouët a reconnu qu’il n’y avait en réalité pas eu de complots contre lui et qu’il avait été induit en erreur.

Les « complots » sous Bédié

A la mort d’Houphouet en 1993, nous avons connu ce que j’ai baptisé « Le complot de la Constitution » qui a consisté par le régime Bédié qui venait de s’installer, d’accuser le Premier Ministre sortant Alassane Ouattara d’avoir tenté de faire un coup d’Etat par une interprétation tendancieuse et séditieuse de la Constitution. Surtout en son article 11 qui parlait de la succession du Chef de l’Etat.

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C’est donc pour tuer ce complot attribué au Premier Ministre sortant que Bédié, alors Président de l’Assemblée Nationale, le dauphin constitutionnel, est allé faire sa déclaration de prise de pouvoir à la RTI accompagné d’une escorte de militaires. Alassane Ouattara a été limogé de son poste de Premier Ministre ainsi que beaucoup de ses lieutenants de leur poste.

Encore sous Bédié confronté à la bousculade de l’opposition, nous avons connu en 1995, ce que je baptiserai « le complot de l’ordre écrit ». Complot attribué à l’ancien Premier Ministre Alassane Ouattara par le pouvoir d’alors qui se serait appuyé sur le général Guei , à l’époque chef d’état major de l’armée, pour déstabiliser le régime de Bédié.

On reprochait en effet au général Guei de ne pas vouloir mater les opposants, dont les militants de Ouattara, alors que l’ordre lui avait été donné par Bédié. Le pouvoir a considéré le fait que Guei réclame un ordre écrit pour s’exécuter comme une tentative de coup d’Etat en complicité avec l’ancien Premier Ministre Alassane Ouattara.

Le général Guei a été relevé de son poste car accusé de collusion douteuse avec Alassane Ouattara devenu opposant au régime et dont la candidature avait été annoncée par ses partisans à la veille de l’élection présidentielle de 1995.

Toujours sous le régime Bédié, à un an des élections présidentielles de 2000 et acculé par l’opposition,nous avons connu en 1999 ce que j’ai baptisé de « complot du certificat de nationalité »

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En effet, le pouvoir a accusé le juge Zorro Bi Ballo d’avoir donné un certificat de nationalité à Ouattara, opposant et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2000, alors qu’il n’en avait pas droit, selon le pouvoir d’alors, parce que traité de Burkinabè.

Alassane Ouattara a été accusé de fraude sur la nationalité et pour cela un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui. Le juge Zorro Bi Ballo a dû sauver sa vie en fuyant le pays pendant que quelques mois avant, presque toute la direction du RDR a été arrêtée et incarcérée à la Maca pour trouble à l’ordre public comme c’est le cas aujourd’hui avec une partie de la direction de GPS.

Les « complots » sous Guéï

Sous le règne du général Guei, contesté dans sa volonté de se présenter à l’élection présidentielle d’Octobre 2000 par les jeunes gens qui l’ont fait venir au pouvoir, nous avons connu en septembre 2000 « le complot du cheval blanc. » Complot que Guei a attribué aux soldats qui l’ont fait venir au pouvoir par un coup d’Etat contre Bédié. Il les a accusé d’avoir voulu renverser son pouvoir au profit d’Alassane Ouattara en voulant attenter à sa vie par l’attaque aux armes lourdes de son domicile. Attaque qui s’est soldée par la mort de son cheval blanc.

Cela a valu l’exécution des soldats comme La Grenade. Les plus chanceux comme les Wattao et les Chérif Ousmane ont connu des tortures en prison. Ils en ont laissé des séquelles à vie.

Les « complots » sous Gbagbo

Sous le règne de Laurent Gbagbo, confronté à la contestation du RDR par l’invalidation de la candidature de son mentor aux élections législatives, nous avons connu en décembre 2000, ce que je baptiserai « le complot des casiers de vins ». C’est une action où le régime a accusé Alassane Ouattara d’avoir tenté de renverser son pouvoir à travers une incitation à la violence. Il a fallu qu’une équipe des lieutenants de Ouattara dont Soul To Soul et le fils d’Henriette Diabaté soient saisie par la police avec des casiers de bière dans leur véhicule pour qu’on présente ces bouteilles de bière comme des armes lourdes saisies dans un véhicule pour tenter de déstabiliser le pouvoir.

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Soul To Soul et ses compagnons d’infortune ont été torturés à l’école de police avant d’atterrir à la Maca. Certains d’entre eux en ont perdu la vie. Des lieutenants de Ouattara dont le fils d’Henriette Diabaté ont été brandis à la télé, certains comme Ali Keita avec des habits de dozo comme étant ceux qui voulaient faire un coup d’Etat au nouveau régime de Laurent Gbagbo.

Toujours sous le régime Gbagbo, pas encore sûr d’être bien assis sur son fauteuil présidentiel, en janvier 2001, nous avons connu « le complot de la Mercedes noire » où le RDR a été accusé par le pouvoir d’alors d’avoir tenté de le déstabiliser par un coup d’État qui aurait échoué. Ses grandes oreilles disent avoir aperçu IB ,l’un des anciens garde de corps de Ouattara, dans une Mercedes noire entre Katiola et la frontière du Burkina Faso fuyant le pays après avoir échoué à renverser le pouvoir.

Encore sous le règne de Laurent Gbagbo, toujours en 2001, précisément en août, nous avons connu « le complot de la cabine téléphonique » qui a vu l’arrestation de Jean-Jacques Béchio et de certains cadres du RDR. En effet, le pouvoir a accusé Bechio, alors Conseiller diplomatique du Président du RDR, de préparer un coup d’Etat pour son mentor et d’avoir appelé ce dernier dans une cabine téléphonique pour lui dire ceci : « On est prêt.On peut attaquer ». Le pouvoir dit avoir saisi des armes lourdes de déstabilisation chez Bechio.

Les « complots » sous Ouattara

Sous le règne de Ouattara, tout juste après sa réélection en 2015, nous avons connu ce que je qualifierai de « complot des écoutes téléphoniques.’ Complot qui consistait à faire passer Guillaume Soro pour celui qui aurait aidé des lieutenants de Blaise Compaoré à tenter un coup d’Etat contre le régime de transition mis en place après la chute de Blaise. Et on a présenté des écoutes téléphoniques dans lesquelles on aurait identifié la voix de Guillaume Soro donnant des plans de guerre à Djibril Bassolé. Un mandat international a d’ailleurs été émis contre Guillaume Soro par les autorités du Burkina Faso.
Mandat qui a été annulée par la voie diplomatique.
L’entourage de Guillaume Soro pense que certains sécurocrates du régime en place seraient derrière ce complot.

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Aujourd’hui, toujours sous le règne de Ouattara, a à peine un an de l’élection présidentielle d’octobre 2020, nous vivons en ce moment ce que j’ai baptisé « le complot de la bande sonore. » Ce complot attribué à Guillaume Soro, candidat déclaré aux élections présidentielles de 2020, qui consiste, selon le procureur de la République, à vouloir déstabiliser le pouvoir avec pour preuve une bande sonore non complète, selon les avocats du mis en cause, au cours de laquelle il aurait affirmé à ses interlocuteurs qu’à partir d’une télécommande, il pourrait déstabiliser le pays.

Cela a suffi pour qu’il soit accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat et qu’un mandat d’arrêt international soit lancé contre lui. Cela a suffi également pour qu’une dizaine de ses proches soient arrêtés et incarcérés dans les prisons du pays pour complicité.

Si donc le RDR ainsi que celui qui fut son Président ne se reconnaissent pas dans tous les complots qui leur ont été attribués, ce qu’ils ont eux-mêmes qualifié de faux complots ourdis contre eux par les pouvoirs de Bédié, de Guei et de Gbagbo, qu’on me permette également de ne pas reconnaître ce dernier complot ourdi contre Guillaume Soro, le Président de GPS.

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J’en ai le droit non! Puisque que ce sont les journaux du RDR comme le Patriote qui ont baptisé certains complots de « complot du cheval blanc », »Complot de la Mercedes noire », »Complot de la cabine téléphonique ». Qu’on me permette également de baptiser ce dernier complot contre mon mentor de « COMPLOT DE LA BANDE SONORE »

J’espère qu’après ce dernier complot notre pays ne connaîtra plus de complots imaginaires qu’on attribuera aux opposants de ce pays. En tout cas si demain Guillaume Soro est au pouvoir et qu’il fabrique de faux complots pour tenter d’écarter ses adversaires ou ses opposants de la course au pouvoir, il nous trouvera, nous ses lieutenants, sur son chemin.

Le pays a trop souffert de ces complots imaginaires. Les enfants d’Houphouët ont vraiment appris de leur père la technique des faux complots.

Que Dieu nous garde.

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