Découpage électoral en Côte d’Ivoire : arnaque politique ou nécessité administrative ? – Kyria Doukoure

Kyria Doukoure porte une réflexion sur le découpage électoral en vigueur en Côte d’Ivoire à 8 mois de la présidentielle d’octobre 2020.

Cette semaine, un texte du Prof Mamadou Koulibaly, datant de quelques années a refait surface et ravivé la polémique sur le découpage électoral en vigueur dans notre pays. Il convient dès lors de porter la réflexion sur celui-ci au moment où des discussions ont lieu entre le régime de M. Ouattara et l’opposition.

Pour rappel, dès l’indépendance du pays et sous l’impulsion du président Felix Houphouët Boigny, plusieurs lois et notamment la loi n°78-07 du 9 janvier 1978 portant institution des communes de plein exercice en Côte d’Ivoire, la loi n°80-1182 du 17 octobre 1980 et la loi n°85-1085 du 17 octobre 1985 vont porter le nombre de communes dans notre pays a 136.

Avec le décret n°95-941 du 13 décembre 1995, le président Henri Konan Bédié instaure 61 nouvelles communes. Notre pays passera par la suite à 198 communes par décret n°98-157 du 02 avril 1998.

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Sous le président Laurent Gbagbo, le nombre de commune va littéralement exploser. En effet, ce dernier pour répondre à sa politique de décentralisation et pour respecter les normes internationales en termes de représentativité va à travers trois décrets porter successivement le nombre de commune à 719. Selon Me Émile Boga Doudou qui pilote ce projet, il s’agit de faire en sorte que le ratio maire/Habitants soit le même sur toute l’étendue du territoire national.

A sa prise de pouvoir en 2011, M. Ouattara, par ordonnance n°2011-262 du 28 septembre 2011, le nombre de commune est ramené à 197. Il signera par la suite d’autres décrets qui vont supprimer environ 1126 communes. Dans les faits, toutes les communes créées sous l’administration Gbagbo sont supprimées sans que l’on ne donne les raisons de cet acte. Pour finir, M. Ouattara portera le nombre de communes à 201.

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Quelle est donc la répartition actuelle ?

– Le NORD (Folon, Bagoué, Kabadougou, Poro, Tchologo, Worodougou, Béré, Hambol, Bounkani) : 67 communes pour 398 261 électeurs.

– LE SUD (San-Pedro, Nawa, Gbôklé, Goh, Loh-Guiboua, Agnéby-Tiassa, La Mé, Les Grands-Ponts, Sud-Comoé, District autonome d’Abidjan) : 59 communes pour 2 584 858 electeurs.

– OUEST (Bafing, Tonkpi, Haut-Sassandra, Guémon, Cavally) : 31 communes pour 468 778 électeurs.

– CENTRE (Gbêkê, Bélier, Marahoué, N’Zi, District autonome de Yamoussoukro) : 24 communes pour 551 956 électeurs.

– EST : (Gontougo, Iffou, Indénié-Djuablin, Moronou) : 21 communes pour 253 292 electeurs.

Quelle est la logique d’un telle découpage administratif et électoral ?

Comme vous pouvez le constater, d’une région à une autre le ratio est différent. Ainsi :
NORD : 1 Maire = 5.945 Électeurs
SUD : 1 Maire = 43.812 Électeurs
OUEST : 1 Maire = 15.122 Électeurs
CENTRE : 1 Maire = 22.999 Électeurs
EST : 1 Maire = 12.062 Électeurs

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Quand le RDR s’appuie sur le nombre de ses élus pour prétendre qu’il est majoritaire en Côte d’Ivoire, voici sous vos yeux le découpage qui favorise cette arnaque parce qu’il est clair que ce parti est majoritaire au nord du pays là où le ratio lui donne un avantage considérable sur les autres partis politiques. La bonne politique administrative serait que le ratio soit le même sur toute l’étendue du territoire national et on verrait ainsi qui est majoritaire ou pas.
Voici les imperfections qu’il nous apparait nécessaires de corriger pour avoir des élections libres, démocratiques et transparentes. La sous représentativité des autres populations est un déni de leur existence en tant que membres de notre nation.

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Sous vos yeux, vous avez des chiffres clairs et qui sont disponibles à la CEI pour tous ceux qui souhaitent les consulter. Je ne veux donc pas de débats creux et ignorants. Pourquoi avoir supprimé les communes instaurées entre 2001 et 2010 qui rétablissaient l’équité représentative et pourquoi s’accrocher à ce découpage injuste et injustifié ?

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