Me Claver N’Dri (avocat de Blé Goudé) enflamme la CPI : Voici ce qu’il a dit

Me Claver N'dri
Me Claver N'dri

Procès de et Charles ce mardi 20 novembre 2018. Nous nous proposons des extraits des propos de Me Claver N’Dri.

Le procureur rattache le meeting du Baron Bar à une mise en œuvre de son plan commun allégué. Pour établir cette relation, le procureur invoque la tenue d’une réunion préparatoire qui aurait eu lieu à la résidence présidentielle :

« Monsieur Blé Goudé a également rencontré monsieur Gbagbo le soir du 23 février 2011, la nuit avant son message à la jeunesse du 24 février 2011 à la RTI. Il les a à nouveau rencontré le soir du 24 février avant son mot d’ordre du matin du 25 février 2011 au Baron Bar. Cette visite du 24 février 2011 à monsieur Gbagbo a coïncidé avec une visite de monsieur Konan Boniface et du chef d’Etat-major et s’est déroulé le même soir que la réunion au cours de laquelle monsieur Gbagbo a donné ses instructions aux Généraux des FDS concernant Abobo ».

Lors des discours d’ouverture, à l’audience précisément du 29 janvier 2016, le procureur avait ajouté, après avoir planté le décor, au sujet de cette réunion : « La scène était maintenant prête pour l’incident du 25 février ».

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Sur quoi porte la ou les preuves du procureur pour avancer qu’il s’est tenu une réunion préparatoire à la résidence présidentielle et que cette réunion préparait le meeting du Baron Bar ? En l’état de notre dossier, nous avons un registre d’enregistrement des noms des visiteurs, des heures d’entrée et de sortie et la personne à visiter, rien d’autre. Rien par exemple sur l’effectivité de l’audience convenue puisque la mention du nom dans le registre ne renseigne pas sur la tenue effective de la réunion, rien sur la durée de la rencontre si elle avait effectivement lieu puisque le registre ne contient pas les informations sur la durée des audiences.

Pour nous la déduction logique de la production de ce registre, c’est qu’il n’apporte pas plus d’informations dans notre dossier, à part les mentions qu’il comporte. Devant cette défaillance évidente de sa pièce à nous renseignée, qu’est-ce qui a fondé le procureur lors de la déclaration, à dire que la scène était prête pour l’incident du 25 février ? Qu’est-ce qui renseigne le procureur ou du moins qui renseigne le procureur sur le contenu de cette réunion ?

Nous sommes au jour J le 25 février, le procureur, après le passage de ses témoins, persiste à maintenir que le meeting du Baron Bar a commencé à 9h. En lisant le procureur, j’ai l’impression qu’il était inutile ici de faire venir des témoins. Parce qu’il a envoyé son témoin P449 et c’est un représentant du procureur qui avait posé la question à P449 : « Vous rappelez-vous à quelle heure approximativement ce meeting a débuté ? »

« Le procureur sait l’enjeu de l’établissement de cette vérité. C’est pour quoi malgré l’heure donnée par son témoin, le procureur décide de l’exclure de son narratif »

Réponse donnée par P449 : « 10h, 11h je pense bien ». Et il a duré jusqu’à quelle heure ? Réponse de P449 : « 13h, aux alentours de 13h ».

Cette heure n’est pas banale. Dans la logique argumentative du procureur, le discours tenu par monsieur Blé Goudé au meeting du Baron Bar est le mot d’ordre qui déclenche les échauffourées et les violences. Cela veut dire du point de vue factuel et d’un point de vue chronologique, ce discours doit précéder les incidents pour en être la cause.

L’accusation sait que si la preuve est faite que les incidents ont débuté avant le meeting, cela change tout. Ne croyons pas que ce soit banal quand le procureur dit effectivement monsieur Charles Blé Goudé était là à 9h malgré ce que son témoin lui a dit. Le procureur sait l’enjeu de l’établissement de cette vérité. C’est pourquoi malgré l’heure donnée par son témoin, le procureur décide de l’exclure de son narratif.

« Le procureur qui prend la position de l’aigle qui sait s’élever pour regarder les choses impartiales doit comprendre qu’il y a un problème sérieux à régler »

Le procureur qui prend la position de l’aigle qui sait s’élever pour regarder les choses impartiales doit comprendre qu’il y a un problème sérieux à régler dans son narratif pour qu’il puisse tenir devant une cour. Comment se fait-il que P440, commissaire de police du 16ème arrondissement nous dit qu’il n’a pas vu monsieur Blé Goudé ? P436 lui-même témoin me dit monsieur Blé Goudé y était. Il y a un problème.

Monsieur le président, lorsque la défense dit que les preuves du procureur sont mauvaises, c’est un constat. Dans un pareil dossier, vous allez sur le terrain, sur les lieux supposés, allégués d’incidents, l’on vous dit qu’il y a eu des échauffourées entre deux quartiers voisins d’une part, d’autre part et vous allez seulement interroger des témoins d’une partie qui vous décrivent les autres comme étant des bandits.

Si j’étais à la place du procureur, pour une question d’équilibre de l’enquête, de recherche de la vérité enquêtant à charge et à décharge, je me serais rendu simplement aussi à Yao Séhi pour tenter de savoir exactement ce qui s’est passé.

Retranscrit par Prince Beganssou

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