Pascal Abinan : « Affi a traité Bédié de pneu réchappé, j’ai eu mal »

Elections locales, brouille au sein du , rapports Bédié-Ouattara, visite d’Affi à Bédié, sans fioriture, le ministre (PDCI) , l’un des grands défenseurs de la cause et de la candidature unique au sein de cette Alliance livre tout dans cette interview.

Monsieur le ministre Pascal Abinan, vous êtes le président du Conseil régional de l’Indénié-Djuablin. La Côte d’Ivoire s’apprête à aller à des élections locales. Comment appréhendez-vous ces échéances ?

C’est au mois d’avril 2013 que j’ai été élu président du Conseil régional Indénié-Djuablin. Depuis janvier 2016, je suis entré au gouvernement. Dès que j’ai été élu en 2013, j’ai promis à mes parents que je ferai un deuxième mandat. Parce que j’estime qu’un seul mandat ne permet pas de faire ce que nous voulons faire. En même temps, je leur ai dit que je ne ferai que deux mandats. Ce n’est pas du tout un effet de campagne. Parce que d’autres disent qu’ils veulent faire deux mandats et après troisième etc.

Je dis, que moi je ferai deux mandats. Après le deuxième mandat, quel que soit le résultat, je vais céder la place parce qu’on est un nombre important de cadres dans la région, il faut que chacun vienne faire ses preuves.

En 2013, vous étiez candidat RHDP. Aujourd’hui, vous placez votre candidature sous quel signe vu que le RHDP traverse des zones de turbulence ?

Chez nous, nous avons toujours opté pour le RHDP. A , c’est une liste RHDP qui a remporté les élections législatives et les élections municipales. Moi-même en 2013, comme vous l’avez rappelé, c’est une liste RHDP que j’ai conduite. E c’est ce qui va être fait. De ce point de vue, je n’ai pas honte de dire que nous avons été précurseurs en la matière.

Aujourd’hui, nous avons donné l’exemple. Puisque la maison du PDCI-RDA a été réhabilitée et est devenue par la par la suite maison du RHDP. La maison du PDCI-RDA de mon village, Tanguelan, que j’avais faite depuis 1999, est aujourd’hui la maison du RHDP. Nous sommes dans cette voie depuis que le président Bédié et son frère ont fixé le cap.

Etant des soldats, nous sommes inscrits dans cette voie. Quand j’avais parlé pour la première fois, en 2010, de la candidature unique au niveau RHDP, cela m’a valu ce que cela m’a valu. Vous vous rappelez bien.

Aujourd’hui, ceux qui m’ont pourfendu, parlent du RHDP et c’est avec beaucoup de plaisir que je les écoute. Ils n’étaient pas dans cette vision à l’époque. Aujourd’hui, vous dites que le RHDP bat de l’aile. Mais vous savez, c’est une alliance politique et ce n’est pas tout le monde qui se détache de sa personne pour voir l’intérêt général.

De quoi s’agit-il ? Le RHDP a fait ses preuves. Sans le RHDP, je ne sais pas si on serait aujourd’hui où nous sommes, si ce pays serait où il est aujourd’hui. C’était une alliance d’abord stratégique pour bouter hors du pouvoir nos adversaires politiques qui étaient solidairement assis.

En 2015, on était dans une autre phase. Il n’y avait plus de candidats contre nous. C’était nous-mêmes. On était déjà au pouvoir. Donc il fallait une candidature unique. Ce que beaucoup n’ont pas bien compris pour des intérêts personnels. Mais finalement, avec l’appel de Daoukro, le président Bédié est venu clarifier les choses. Et on a vu les résultats au premier tour. Il faut aller plus loin que l’alliance. Et c’est le parti unifié.

Ce que le président a fait en 6 ans, tout le monde le voit sauf les aveugles

C’est ce qui semble poser problème et suscite des débats actuellement, le parti unifié.

Ce qui devrait s’imposer. Mais des gens qui ont des intérêts personnels semblent oublier les vrais enjeux. Il s’agit de continuer ce qui est en train de se faire. Ce que le président a fait en 6 ans, tout le monde le voit sauf les aveugles. Mais il faut continuer et consolider cela. Il y a des problèmes parce qu’il y a des gens qui croient que leur temps est arrivé et que pour cela, ils ne sont pas d’accord avec la trajectoire qui est tracée par nos deux principaux leaders. Je pense que ces gens se trompent.

Le problème, aujourd’hui, c’est que les deux partis forts du RHDP n’ont pas la même approche sur la question du parti unifié.

Ce que je retiens, je suis un soldat, les deux leaders ont parlé de ce que nous devons arriver au parti unifié avant la fin de l’année. Et c’est pourquoi il y a eu le Comité de haut niveau qui a commencé à travailler. Ceux qui ne perçoivent pas les enjeux et qui pensent parce qu’ils ont des ambitions alors il faut contrecarrer cette envolée, je dis qu’ils se trompent de combat. Parce qu’il s’agit de faire en sorte que ce pays reste stable pendant longtemps et que nos amis les investisseurs viennent en toute confiance pour investir en Côte d’Ivoire, créer des emplois et développer le pays avec nous.

On ne veut pas du parti unifié parce que de part et d’autre, il y a des irréductibles et qu’on veut garder notre identité. Vous avez, par exemple, le Général De Gaulle qui est l’icône du ‘’gaullisme’’. Le Général est parti, mais le parti qu’il avait  créé en son temps a évolué. Et jusqu’aujourd’hui, on parle des Républicains en passant par le RPR au temps de Chirac etc. Mais toujours en gardant à l’esprit l’idéologie gaulliste. C’est comme ça que nous devons évoluer. Le temps, c’est l’autre nom de Dieu qui permet l’évolution normale des choses. D’autres disent si on est dans le parti unifié, le PDCI-RDA disparait. Et d’autres disent si on est dans le parti unifié, le RDR disparaît. Mais non ! C’est l’esprit d’Houphouët qui est congénital à nous tous Houphouëtistes qu’on doit sauvegarder, perpétuer. Le nom importe peu.

Le RHDP, c’est le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix. C’est cela la vision de Félix Houphouët-Boigny. On ne perd rien d’Houphouet. Le RHDP doit être consolidé. Les enjeux sont tellement importants qu’ils dépassent nos petites personnes. D’autres, parce qu’ils sont délégués PDCI ou départementaux RDR, quand on parle de RHDP, ils se demandent ce qu’ils vont devenir. Ils ont peur de perdre leurs petits privilèges. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. C’est le pays qu’il faut sauver pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour nos petits enfants. Si le RHDP est consolidé, et je pense que ce sera le cas, quel est ce parti de l’opposition qui pourra nous affronter en espérant gagner une élection. Ce n’est pas possible.

Comment interprétez-vous la visite des jeunes du FPI au PDCI et la visite d’Affi chez Bédié ? Pensez-vous que c’est une volonté du PDCI-RDA de tourner le dos au RHDP et de nouer de nouvelles alliances ?

C’est une visite de courtoisie et pour présenter les vœux au président Bédié. Ce qui est tout à fait normal au début d’une année nouvelle. Moi, j’ai salué cela. Parce que le pneu qui était réchappé est devenu un nouveau pneu. C’est bien monsieur Affi N’guessan qui a traité le président Bédié de pneu réchappé. Et à l’époque, moi j’avoue que j’avais eu très mal pour cela parce que ça n’y est pas dans notre culture. On ne parle pas comme ça à son grand frère ou à un doyen. Mais aujourd’hui, par cette visite, je pense qu’il s’est ressaisi lui-même. Mais ce n’est pas cela qui va dire que le PDCI va quitter le RHDP pour faire une alliance avec le FPI. Moi, je n’y crois pas, je n’y pense pas.

N’êtes-vous pas inquiet de certains discours qu’on entend ces derniers jours au PDCI-RDA comme au RDR à propos du RHDP ? On a l’impression que la cohésion a foutu le camp.

Non, je ne crois pas. Je ne suis pas inquiet parce que je dis que c’est la seule alternative pour que ce pays reste en paix, stable et poursuive son développement. Quand Affi dit qu’il faut éviter que le RHDP se consolide sinon ils ne seront rien. Moi, je veux qu’il ne soit rien. On n’a plus besoin de nous dire que nous devons aller dans ce sens. Quand on voit les enjeux, l’avenir du pays, il n’y a pas d’autre alternative que de consolider le RHDP et d’arriver au parti unifié. Quand on va arriver au parti unifié, le problème des individus va se régler de lui-même.

Affi N’Guessan : « Le RHDP, c’est fini ! »

Le PDCI-RDA, votre parti veut que le RDR lâche du lest par rapport aux  élections présidentielles parce qu’estimant avoir fait la preuve de sa bonne foi, de sa collaboration en renonçant à la candidature en 2015. N’est-ce pas là qu’il faut crever l’abcès ?

Je crois que sur ce point, les présidents Bédié et Ouattara ont dit que ce problème, c’est eux qui doivent le traiter et que ça ne devrait même pas souffrir de débat. Et ils sont intervenus pour recadrer les choses. Ils ont dit que pour le problème de l’alternance, qu’on leur laisse le temps de régler cela. C’est ce que je pense et je suis sûr qu’ils vont trouver les voies et moyens pour régler cela.

L’impression que l’opinion a, c’est que le courant ne passe plus très bien entre les deux hommes.

Vous avez parlé d’impression. Qui sait ? Qui est entre les deux ? Vous ne savez pas s’ils s’appellent tous les soirs. Ce n’est que des rumeurs. Parce qu’ils ne prennent pas tous les matins le café ensemble alors on déduit immédiatement que le courant ne passe pas entre eux. Au Congrès du RDR, vous avez écouté le discours du président Ouattara qui a dit : « Quiconque voudra mettre la zizanie entre mon grand-frère et moi, nous trouvera sur son chemin ».

Ce discours est-il toujours d’actualité ?

Bien sûr puisque c’est lui qui l’a dit. Un homme de cette stature ne lance pas des phrases au hasard. Quand il parle, c’est qu’il a pesé ces mots et qu’il a réfléchi. En tout cas, moi je suis dans cette dynamique, dans cette voie. Parce que je suis sûr que les deux trouveront la solution au problème de l’alternance qui pollue l’atmosphère de part et d’autre.

C’est dire que vous êtes convaincu que le RHDP ne mourra pas ?

Non pas du tout. A moins qu’on veuille que la Côte d’Ivoire meure. Cette Côte d’Ivoire que nous voulons et qui est en train de se construire grâce au RHDP, si l’alliance capote, ça va nous entraîner dans une crise qui sera encore plus grave que celle qu’on a connue. Les alliances circonstancielles que les gens veulent nouer, ça ne nous amènera pas loin. On ne peut pas cheminer avec quelqu’un qui soit marche plus vite que vous ou plus lentement. On n’a pas les mêmes idées que certains qui font la cour de part et d’autre. Je pense que les uns et les autres reviendront à la raison. Parce que je ne vois pas quel avenir ils se destinent.

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