« Pour être candidate en 2020, Simone Gbagbo doit prendre ses distances avec les GOR »

Simone Gbagbo peut-elle être la candidate du FPI et des GOR en 2020 ? Dans ce décryptage, Jean Bonin lui montre la marche à suivre.

Un homme (ou une femme) politique sérieux ne dit rien et ne fait rien au hasard. Il pèse toujours bien ses mots avant de les sortir. Lorsque Simone Gbagbo explique que la vision du FPI c’est la Côte d’Ivoire et non la personne de Gbagbo, ce n’est pas fortuit. Elle est dans une logique politique qui évolue dans le temps et dans l’espace en fonction de sa stratégie et de ses ambitions en vue de diriger le FPI puis d’en être la candidate à la présidentielle. Analysons.

Lorsqu’en 2013 Affi sort de prison, alors que le nom de Simone Gbagbo ne figurait pas dans la liste des membres de la direction du parti, présidé par intérim par feu Miaka Oureto, il la nomme vice-présidente du FPI. Mais contre toute attente, par le biais de son directeur de cabinet politique, Simone Gbagbo s’empresse de publier une déclaration pour refuser le poste de vice-présidente prétextant de ce qu’elle est en détention et qu’elle ne pourra donc pas l’exercer. Affi en prendra acte.

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Lorsque survient la crise au sein du FPI, les Gbagbo ou rien (GOR) la nomme vice-présidente dans leur « FPI » en 2015. Bien qu’étant toujours dans les liens de la détention, curieusement, elle accepte cette fois-ci le poste de vice-présidente qu’elle avait précédemment refusé, sans aucune explication.

Pour pouvoir être candidate en 2020 elle n’a pas d’autre choix que de prendre ses distances d’avec les GOR qui eux n’envisagent la reconquête du pouvoir qu’avec Gbagbo… Laurent

L’explication est pourtant simple. En prison cela l’arrangeait d’être une Gbagbo Ou Rien (GOR) vu que cette posture permettait de fragiliser doublement son rival politique de longue date Affi Nguessan, en tant que président du FPI, d’une part, et en tant que probable candidat du FPI à la présidentielle de 2015, d’autre part.

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Mais une fois libérée, grâce à une ordonnance d’amnistie du Chef de l’Etat, elle va entreprendre de passer à la phase 2 de sa stratégie en vue d’être la candidate du FPI à la présidentielle de 2020.

Pour pouvoir être candidate en 2020 elle n’a pas d’autre choix que de prendre ses distances d’avec les GOR qui eux n’envisagent la reconquête du pouvoir qu’avec Gbagbo… Laurent. Le GORisme devient ipso facto un frein à ses ambitions. Elle n’a donc pas d’autres choix que de les convaincre de changer de modèle politique ou de les combattre.

Ce choix s’impose d’autant plus avec acuité à elle qu’elle est réduite à sa portion la plus congrue dans la direction du parti dont les nombreux messagers d’un Woody muet disent qu’il aurait donné des instructions afin que ce soit Assoa Adou qui gère (au quotidien) leur FPI et non son épouse, Simone, 2ème vice-présidente, qui devrait logiquement après le décès du 1er vice-président, Aboudramane Sangaré, assurer son intérim.

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Cette instruction mettra une pause verra à ses ambitions, nourrie de longue date, de diriger le FPI. Elle se sentira trahie, mais fera contre mauvaise fortune bon cœur. Elle se résoudra à rester dans l’antichambre le temps qu’une opportunité s’offre à elle pour rebondir.

Cette opportunité, c’est Me Altit qui la lui offrira lorsqu’il exigera de la CPI que lui soit communiqué l’intégralité des documents du procès en version française plutôt qu’en anglais. En effet, cette requête sera l’occasion (inespérée) que la CPI saisira pour doucher définitivement toutes les ambitions présidentielles de son époux en annonçant que la version anglaise ne sera disponible qu’en juillet 2020. Les dés sont jetés, que faire ?!!!

Elle décide alors de se démarquer des Gbagbo Ou Rien et même de les affronter, si nécessaire, pour se donner toutes les chances d’être candidate en 2020.

Elle décide alors de se démarquer des Gbagbo Ou Rien et même de les affronter, si nécessaire, pour se donner toutes les chances d’être candidate en 2020. Elle n’a pas d’autres alternatives que celle-là. L’année prochaine elle aura 71 ans, si elle n’est pas dans la course cette fois-ci, autant dire que ce n’est pas dans 5 ans, à 76 ans, qu’elle aura une autre opportunité de le faire.

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De tout ce qui précède, il apparaît en réalité que Simone Gbagbo n’a pas changé. Elle est restée la même, et n’a fait que dérouler sa stratégie élaborée en deux temps :

– soutenir les GOR, parce qu’elle était en prison, et que cela arrangeait ses affaires, et,

– s’éloigner du GORisme parce qu’elle n’est plus en prison et que cela sert ses ambitions présidentielles.

Comme un hiéroglyphe, la politique est une science qu’il faut être capable de déchiffrer. Une science ou rien n’est fortuit et qui laisse très peu de place à la navigation à vue car, en politique, plus qu’ailleurs, il n’y a pas de vents favorables pour celui (celle) qui ne sait pas où il va.

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