Vers des élections sénatoriales bâclées en Côte d’Ivoire, Soro frustré par Ouattara

Le recensement électoral par la CEI, commence le 18 juin 2018
Le recensement électoral par la CEI, commence le 18 juin 2018

L’on se dirige tout droit vers les premières élections sénatoriales bâclées en Côte d’Ivoire, après l’indépendance du pays. Tous les indicateurs sont réunis, pour faire de ce rendez-vous, tout sauf une symphonie démocratique.

Au premier jour de l’ouverture du dépôt des dossiers de candidature, ce vendredi 23 février 2018, la Commission électorale indépendante () n’a reçu aucune candidature aux élections sénatoriales du 24 mars prochain. Il faut dire que le gouvernement ivoirien n’a pas beaucoup laissé le choix aux potentiels candidats de se préparer. C’est seulement le mercredi 21 février, soit deux jours avant, que le gouvernement a communiqué la date et les modalités d’organisation de cette élection attendue depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en 2016.

Jeudi, le journaliste-écrivain et lanceur d’alertes ivoirien André Silver Konan s’était emporté face à ce qu’il a qualifié de « recul démocratique » grave, indiquant des manipulations d’un pouvoir qui se dirige vers l’autocratie. « Suivez très bien, avait-il démontré. 21 février 2018, à 13h, le conseil des ministres annonce la date de l’élection prévue pour le 24 mars. Ce même 21 février 2018, à 17h, la CEI, dont le président est illégitime depuis deux ans, presque jour pour jour) annonce, et sans que cela ne lui pose aucun souci démocratique ; que le dépôt des candidatures s’ouvre deux jours plus tard, soit aujourd’hui même. Dans quel pays au monde a-t-on déjà vu ça ? Même le Cameroun de Paul Biya, le Congo de Dénis Sassou N’Guesso ou le Burundi de Pierre Nkurunziza n’ont jusque-là pas osé faire un tel coup ».

Elections sénatoriales bâclées en Côte d’Ivoire

Quelques jours plus tôt, l’opposition avait dénoncé l’ordonnance présidentielle qui avait été prise par , en lieu et place du projet de loi, qui avait pourtant été adopté par le gouvernement et qui n’a jamais été transmis au Parlement. « Cette action sape les efforts de la société civile et les partis politiques, principaux acteurs du processus électoral, qui s’attellent à l’élaboration de propositions nécessaires à la bonne tenue d’élections crédibles et apaisées en Côte d’Ivoire », avait dénoncé un groupe de partis d’opposition amenés par le Front populaire ivoirien (, parti de Laurent Gbagbo) de Pascal Affi N’guessan.

Ce mépris présidentiel a frustré Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale, qui a marqué son mécontentement en boycottant une réunion importante de la direction du Rassemblement des républicains (, parti présidentiel). L’on craint une nouvelle levée de boucliers entre Ouattara et son « fils » Soro, qui n’ont pas totalement vidé leur contentieux. En effet, le dernier avait espéré que son aide de camp, Souleymane Kmaraté Koné, dit Soul To Soul, en prison depuis des mois, suite à la découverte d’une importante quantité d’armes à son domicile de Bouaké (ex-quartier général de l’ex-rébellion des Forces nouvelles de Soro), bénéficie d’une liberté provisoire, chose que la justice lui a refusée.

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Les diplomates en poste à Abidjan s’inquiètent de la transparence du futur scrutin qui va rappeler les circonstances floues dans lesquelles les législatives de 2013 ont été organisées par une CEI toujours dirigée par un Youssouf Bakayoko dont le mandat a expiré depuis deux ans. En 2013, le Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix (, mouvance présidentielle) avait attendu le dernier moment pour déposer sa liste de candidats, au mépris des candidatures individuelles. Cette imposture démocratique avait été validée par une CEI dominée par le pouvoir et ses alliés. Lors du référendum boycotté par l’opposition, la CEI avait déclaré deux taux de participation différents.

Il est donc sûr que l’opposition va boycotter dans ces conditions, les élections sénatoriales, dès lors qu’elle n’a que trois représentants (les députés du FPI) sur près de 8 000 grands électeurs. Ce sont donc des élections qui se dérouleront entre copains au RHDP et la CEI, en dehors de toute supervision de l’opposition, pourra proclamer le taux de participation qu’elle voudra. On est encore loin de la volonté de changement démocratique en Côte d’Ivoire.

Prince Beganssou

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