« L’intronisation du nouveau roi des Baoulé est conforme aux principes séculaires » (Cour royale)

Festagni 2018 à Abobo Baoulé

Le Comité scientifique du Royaume souligne des principes et des engagements dans une déclaration remise à Ivoiresoir.net

Au vu des événements qui ont suivi l’intronisation récente du , Sa , il paraît opportun que le Comité Scientifique du Royaume rappelle quelques principes et engagements liés au processus de désignation d’un Prince héritier et à son intronisation.

Les principes

Le processus d’intronisation d’un Roi baoulé est déclenché par le constat du décès du Roi qui voit le siège renversé. Suivant un protocole spécifique, il est procédé, dans les jours qui suivent l’annonce du décès, à la préparation de la sépulture du Roi (Atchouin) et l’inhumation du Roi défunt.

La durée de cette période dépend des contingences matérielles. Dans tous les cas, il faut à tout prix éviter de longues vacances du siège royal. La coutume est formelle, la chefferie de royauté, de tribu, de clan, de lignage, de famille est héréditaire ; Seul un Aboussouan ou awloba d’un Roi peut hériter de lui ; entendre par Aboussouan un neveu en ligne matrilinéaire.

Conformément à cette disposition, suivant les principes et exigences de l’organisation matrilinéaire, seules les femmes transmettent la légitimité du pouvoir ou de l’héritage du lignage. Pour autant, seuls les hommes ont le privilège de monter sur les trônes ou les bia, c’est-à-dire d’accéder à l’Adja, l’héritage du lignage. Aucun enfant n’hérite du trône de son père, aucune sœur ne l’hérite de son frère.

Dans le cas précis de Sakassou, seules les femmes en lignage matrilinéaire d’Abla Pokou (Abraha Pokua) et d’Akwa Boni peuvent constituer le collège des femmes à même de fournir les Princes héritiers prétendants et servir elles-mêmes, éventuellement de Reine-Mère, chacun sur son siège spécifique.

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Engagement du processus de désignation du prince héritier

– Sur la base de ces principes toujours, et se fondant sur la vacance du trône due à la mort, à l’abdication ou à la destitution du Roi, le Chef de Walèbo, Chef du village de Sakassou, agissant comme Régent, réunit les Djèfwouè afin d’obtenir de la Reine-mère la nomination d’un candidat issu de la famille royale. Néanmoins, les Djèfwouè ont le pouvoir d’accepter ou de rejeter le candidat après analyse de son profil. Ainsi, un candidat peut être accepté s’il est réputé avoir un caractère sans équivoque ; si son ascendance n’est pas contestée par un membre de la famille du siège. Il peut être rejeté s’il est démontré qu’il a commis un crime ou tout autre délit, s’il est impuissant, sourd ou lépreux, s’il est un ivrogne ou est déformé physiquement. À ce propos, les Akan prononcent généralement cette phrase sans équivoque en ce qui concerne la constitution physique du prince héritier : « Il ne doit manquer ni une oreille, ni une narine, ni un doigt ou un orteil ».

– En cas de désaccord analysé, les Djèfwouè ont le droit de nommer un candidat de la famille royale en accord avec la Reine-mère.

Ces consultations sont aussi le lieu de règlement de tout différend ou passif pouvant compromettre l’intronisation et l’exercice du nouveau Roi. Ainsi s’il y a eu des frictions entre le candidat désigné et un membre quelconque de cette assemblée, le différend est rapidement réglé.

– Lorsque tous les conflits sont résolus (s’il y en avait), une date est fixée pour la cérémonie nocturne.

Consécration du Prince héritier sur l’autel des mânes des Rois successifs du lignage d’Abla Pokou

La cérémonie est officiée par les Djèfwouè et réservée seulement à une poignée d’hommes choisis parmi les hauts dignitaires du Royaume.

– Ainsi, Tard dans la nuit, tous les Chefs accompagnés de leur porte-parole, en tenue simple et sans leurs sièges, arrivent au palais, chacun accompagné d’un seul porteur de parapluie qui n’y accède pas. Les porte-parole retournent sur leurs pas dès que leurs Chefs franchissent le seuil du palais en dehors du porte-parole du Chef du village.

– Le Prince héritier est introduit pour la première fois dans le Bia sua, l’enceinte qui abrite l’ensemble des sièges des Rois successifs décédés. L’accès à cette salle étant strictement réservé, le Prince désigné y est introduit seulement par les Djèfwouè qui officient la cérémonie.

– On feint de faire asseoir le Roi trois fois de suite sur le trône dont il est l’héritier avec des paroles bien précises. La première fois, le célébrant prononce ces paroles : « À partir d’aujourd’hui, tu es l’élu de ce trône ». La seconde fois, ils déclarent : « Nul n’a le droit de te détrôner tant que tu ne donneras pas dos au trône » (autrement dit, tant que tu ne seras pas mort). La troisième fois, les anciens disent : « Nous resterons tous soumis à tes ordres » et le roi est installé sur le trône.

– Après ce serment d’allégeance, le nouveau Roi, à son tour, prête serment sur les oumien Bia suivi d’une libation de boisson puis un bélier blanc est sacrifié sur les Oumien Bia.

Le Comité Scientifique observe, à l’analyse de tout ce qui précède, que la cérémonie d’intronisation du nouveau Roi du 28 mars dernier à Sakassou s’inscrit dans le respect de ces dispositions et principes séculaires.

Pour le Comité scientifique du Royaume