Ouattara temporise sur sa candidature présidentielle 2025. Entre partisans chauffés à blanc et opposition mobilisée, le président ivoirien cherche la voie.
La candidature d'Alassane Ouattara à la présidentielle 2025 divise la Côte d'Ivoire. Le 22 juin, le chef de l'État a choisi de temporiser face aux pressions contradictoires. « Il se trouve entre le marteau de ses partisans, chauffés à blanc, et l'enclume de l'opposition, vent debout contre un quatrième mandat illégal et anticonstitutionnel », analyse le journaliste Ferro Bally.
Cette hésitation présidentielle intervient dans un contexte politique tendu. L'opposition s'organise autour du PDCI-RDA et du PPA-CI qui « ont formé un front commun contre le pouvoir ». De leur côté, les partisans du président multiplient les pressions pour qu'il se lance dans la course à sa propre succession.
Un président sous pression internationale
Ouattara subit également « les pressions extérieures » qui compliquent sa décision. Leonardo Santos Simaõ, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour l'Afrique de l'ouest et le Sahel, « a rencontré toutes les parties ». Cette médiation onusienne s'accompagne de « missions de l'Union africaine et de l'Union européenne » qui « ont également séjourné en Côte d'Ivoire ».
Ces interventions diplomatiques adoptent « la formule officielle française de ni ingérence ni indifférence ». Mais leur convergence envoie un signal clair au président ivoirien. « Le contexte international se découvre défavorable et réduit la marge de manœuvre du président de tous les Ivoiriens », observe Ferro Bally.
Des enjeux économiques qui pèsent lourd
La situation économique complique les calculs présidentiels. « La Côte d'Ivoire se trouve sur les listes noires du GAFI et de la Commission européenne », rappelle le journaliste. Ces sanctions « risquent d'être dommageables pour l'économie d'un pays qui s'est largement endetté ».
Cette épée de Damoclès financière influence nécessairement la réflexion présidentielle. Un quatrième mandat controversé pourrait aggraver l'isolement économique du pays. Ouattara doit donc peser le pour et le contre de sa candidature face à ces contraintes extérieures.
Une opposition divisée sur la stratégie
L'opposition présente un visage paradoxal dans cette bataille. Le PDCI-RDA et le PPA-CI « ont suspendu leur participation d'une CEI qualifiée de partisane » et demandent même « sa dissolution ». Cette radicalisation contraste avec leur participation effective au processus électoral.
« Cependant, ils n'ont pas franchi le rubicon », note Ferro Bally. Contrairement à la Coalition pour l'alternance pacifique (CAP-CI) « qui a rompu tout lien avec la CEI », le front commun « ne boycotte pas l'élection présidentielle du 25 octobre 2025 ». Cette ambiguïté révèle les divisions tactiques au sein de l'opposition.
Malgré les tensions affichées, un rapprochement s'opère en coulisses. « Les parties ont tu leurs désaccords » et « ont mis balle à terre à l'effet de fumer le calumet de l'apaisement », constate le journaliste. Cette détente temporaire profite à tous les acteurs du jeu politique.
Dogou Alain, deuxième vice-président de la CEI, a d'ailleurs clarifié la position de l'organe électoral le 22 juin. La commission « ne commerce qu'avec les personnes inscrites sur la liste électorale », a-t-il déclaré sur une chaîne de télévision. Son président Coulibaly-Kuibiert Ibrahime a renchéri : « Aucune élection dans le monde n'est inclusive ; elle est exclusive. »
Gbagbo et Thiam dans l'expectative
Les figures de l'opposition restent dans l'incertitude. « Les deux poids lourds de l'opposition, dont les candidats déclarés Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam sont exclus du processus électoral », maintiennent une stratégie ambiguë. Ils « ont ainsi désigné leurs assesseurs » qui « ont assisté, le 23 juin 2025, à la formation prodiguée dans le cadre du parrainage citoyen ».
Cette participation à un dispositif qu'ils combattent illustre la complexité du moment politique. « C'est donc le flou artistique dans un processus électoral, qui est entré dans un labyrinthe », conclut Ferro Bally. Ouattara doit trancher dans ce contexte brouillé où chaque camp joue sa partition.
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