« Des élèves serrés à 4 ou 5 sur des bancs », Kandia Camara, nouvelle cible de Nathalie Yamb

Quelques jours après son expulsion de Côte d’Ivoire, Nathalie Yamb était à Moscou l’invitée de la Chambre Civique de la fédération de Russie.

Merci à la Chambre Civique de la Fédération de Russie de me donner l’occasion de parler de la justice comme élément fondateur d’un projet de société en Afrique.

L’exemple que je vais vous présenter est celui de mon parti LIDER, membre de l’alliance progressiste, qui a élaboré en Côte d’Ivoire un projet de société agencé autour d’une préoccupation de justice et que nous mettrons en œuvre, nous l’espérons, lorsque notre candidat Mamadou Koulibaly, aura gagné l’élection présidentielle l’an prochain.

Pour comprendre pourquoi nous avons construit notre projet de société autour de la justice, il faut regarder la situation d’une économie comme la Côte d’Ivoire : premier producteur mondial de cacao, grand producteur de café, premier producteur africain d’anacarde, grand producteur africain d’hévéa, de bois etc., mais près de 50 ans après son indépendance, nous constatons que les populations plus pauvres du pays se trouvent en grand nombre parmi celles qui cultivent les matières premières qui font la richesse de la Côte d’Ivoire.

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En y regardant de près, on s’est rendu compte que l’Etat de Côte d’Ivoire, perpétuant une tradition coloniale, s’est déclaré propriétaire des terres et propriétaire de toutes les ressources. En tant que propriétaire, c’est donc l’Etat qui dicte ce qui doit être réalisé, détermine les conditions dans lesquelles les récoltes sont collectées et vendues et sur quels marchés.

L’Etat ivoirien a mis en place des politiques agricoles et d’exploitation des ressources naturelles qui appauvrissent les populations, tout en créant des conflits fonciers, qui sont une source d’instabilité extraordinaire en Afrique et qui expliquent en partie la longue crise que la Côte d’Ivoire connaît depuis un certain nombre d’années. La productivité est également impactée par cette gouvernance. Ainsi, bien que la Côte d’Ivoire soit le premier producteur mondial de cacao, quand nous produisons 500 kilogrammes à l’hectare, nos concurrents asiatiques ou latino-américains font plus de 2 tonnes à l’hectare. Mon parti a compris que la pauvreté dans le monde rural vient du fait que les populations sont victimes d’injustice.

La justice comme élément fondateur de ce volet de notre projet consiste à dire que la terre ne peut pas être la propriété de l’Etat. Dans les pays africains et notamment en Côte d’Ivoire, toutes les familles, toutes les communautés, tous les villages, ont des lopins de terre hérités de leurs ancêtres. Et si pendant la colonisation, les rois des empires coloniaux se sont appropriés ces terres, il n’y avait aucune raison qu’au moment des indépendances, celles-ci soient déclarées propriété de l’Etat. On aurait dû les rendre aux populations qui avaient été spoliées à un moment donné, mais les états et les gouvernements ne l’ont pas fait. Mon parti s’engage à faire le cadastrage du territoire et à rétrocéder gratuitement les terres aux propriétaires coutumiers initiaux et à leurs descendants, à leur donner ainsi les bases d’un enrichissement et à travers les titres fonciers, une garantie qui leur permettra d’entrer dans le marché hypothécaire.

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La justice est également un élément fondateur de notre projet de société dans le domaine de la santé. L’Etat prétend construire des hôpitaux dans le monde rural, dans les grandes villes, mais lorsque ceux qui gèrent l’Etat sont malades, ils sont les premiers à se faire soigner dans des hôpitaux en Europe et aux États-Unis aux frais de l’Etat. Le principe de justice nous conduit à dire que tous ceux qui vivent de l’argent public, quand ils seront malades, iront se soigner dans les hôpitaux qu’eux-mêmes auront construit pour les populations. La justice établit ici une égalité devant l’accès à la santé.

« Les gens du pouvoir, qui sont aisées et qui détournent allègrement les fonds publics, paient très cher des écoles privées pour y éduquer leurs enfants, souvent même à l’étranger »

Nathalie Yamb

Idem pour l’éducation, on construit des écoles, mais le gouvernement préfère créer des postes de fonctionnaires plutôt que d’investir dans les classes et les équipements. Résultat, on a des enseignants et des directeurs dans des écoles et des salles de classe dans lesquelles les enfants sont serrés à 4 ou 5 sur des bancs, sans laboratoires, sans bibliothèques, sans cantines, sans toilettes, subissant ce que je qualifie d’éducation au rabais. Pendant ce temps, les gens du pouvoir, qui sont aisées et qui détournent allègrement les fonds publics, paient très cher des écoles privées pour y éduquer leurs enfants, souvent même à l’étranger. Nous avons également constaté le taux d’analphabétisme est nettement plus élevée chez la jeune fille que chez les garçons. Dans un souci de justice nous allons donc réserver l’école gratuite pour les filles, jusqu’à ce que ce gap soit rattrapé.

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La justice est également au cœur de notre proposition pour les retraites. Avec le chômage galopant, le manque d’emplois et d’entreprises qui caractérisent l’économie ivoirienne, dire que ceux qui sont à la retraite doivent être payés par les impôts prélevés chez ceux qui travaillent, pousse l’Etat à prolonger la durée d’activité et à augmenter le taux de cotisation pour combler le déficit du système de retraite. La justice pour nous consiste à dire que chacun épargne pour financer sa propre retraite, sauf naturellement les indigents, les handicapés, les personnes les plus vulnérables, pour lesquelles sera prévu un filet de sécurité.

Enfin, il y a en Côte d’Ivoire un système de gouvernance, où les députés qui sont élus, doivent normalement surveiller l’exécutif. Mais une fois élu, le Président de la République est totalement indépendant d’un quelconque système de contrôle. Il ne rend compte à personne et embauche ses parents, ses amis et son entourage qu’il nomme aux postes de responsabilité. La justice consistera à donner aux populations la possibilité de demander des comptes aux gouvernants à travers un régime parlementaire.

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En conclusion la justice dans le foncier consiste à réparer une spoliation historique, la justice dans le domaine social consiste à établir l’accès à la santé et à l’école pour tous, la justice dans la retraite est construite autour de la responsabilité de s’assumer soi-même pour préparer convenablement son futur, la justice dans le régime parlementaire consiste à instaurer un mécanisme de contrôle de l’exécutif.

LIDER a donc développé un projet de société qui corrige à travers la justice, les inégalités causées par la spoliation, les mauvais traitements, la précarisation et le manque de responsabilité des politiques. »

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