La FESCI, syndicat étudiant ivoirien né en 1990, a marqué l'histoire du pays. Son parcours tumultueux, de la lutte pour la démocratie aux accusations récentes, soulève des questions sur son rôle actuel.
La FESCI, la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d'Ivoire, voit le jour en 1990 dans un contexte de bouleversements politiques. Sa création répond à un double objectif : s'opposer au MEECI, bras estudiantin du parti unique PDCI-RDA, et défendre les intérêts des élèves et étudiants face aux réformes économiques. Le mouvement s'inscrit dans la vague de démocratisation qui souffle sur l'Afrique, inspirée par la chute du mur de Berlin.
Steve Beko, cadre du PPA-CI de Laurent Gbagbo, offre un éclairage sur les débuts de la FESCI : « L'envie de plus de démocratie et de liberté et la défense des intérêts des élèves et étudiants de Côte d'Ivoire ont conduit à la création de la FESCI soutenue, encouragée et souvent même encadrée par les leaders de l'opposition de l'époque que sont Bamba Moriferé, Laurent Gbagbo, Francis Wodié et Zadi Zaourou. »
Dès sa création, la FESCI affirme son engagement pour une « école nouvelle » et une « démocratie véritable ». Ses statuts prévoient la négociation comme moyen d'action privilégié, tout en se réservant le droit de recourir à d'autres formes de lutte si nécessaire. Cette posture combative lui vaut rapidement une répression sévère de la part du régime en place.
La répression et la résilience
Le 17 mai 1991 marque un tournant dans l'histoire du mouvement. Une intervention musclée des forces de l'ordre à la cité universitaire de Yopougon se solde par des violences graves envers les étudiants. Cet événement renforce la détermination de la FESCI, qui entre dans la clandestinité après sa dissolution officielle le 21 juin 1991.
Beko souligne : « Pour lutter et se défendre contre le régime du PDCI, les Fescistes s'entraînent et se structurent de manière quasi-militaire. Cette culture militaire va rester ancrée dans le fonctionnement de la structure. »
Malgré la répression, la FESCI persiste. En 1996, sous la direction de Guillaume Soro, elle parvient à se faire reconnaître comme interlocuteur légitime par le gouvernement. Cette période marque l'apogée de son influence dans le système éducatif ivoirien.
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L'accession d'Alassane Ouattara à la présidence en 2011 coïncide avec une période difficile pour la FESCI. La fermeture des universités publiques et des résidences universitaires fragilise le mouvement. Néanmoins, sous la direction d'Assi Fulgence, la FESCI parvient à se réorganiser et à maintenir une certaine influence.
Les accusations récentes portées contre le syndicat soulèvent des questions sur son rôle actuel dans les universités ivoiriennes. Des allégations de trafic de drogue et de contrôle illégal de chambres universitaires ternissent son image.
Beko pose la question : « Comment expliquer qu'après la fermeture des universités et le remplacement des responsables de l'université, la FESCI puisse encore contrôler des chambres sans le soutien des autorités universitaires nommées par le gouvernement ? »
La destruction récente du siège de la FESCI à l'université illustre les tensions actuelles. Cette décision, prise par les autorités qui avaient auparavant soutenu sa construction, soulève des interrogations sur la cohérence des politiques à l'égard du syndicat.
L'avenir incertain de la FESCI
Le sort de la FESCI reste en suspens. Si le gouvernement affiche sa volonté de pacifier l'espace universitaire, la question de la responsabilité partagée se pose. Beko conclut : « La FESCI doit s'asseoir sur le banc des accusés. Mais elle ne peut pas y être seule. »
L'histoire de la FESCI, de sa naissance comme mouvement de contestation à son statut actuel controversé, reflète les mutations de la société ivoirienne. Son avenir dépendra de sa capacité à se réinventer dans un contexte universitaire en pleine évolution, tout en répondant aux attentes des étudiants qu'elle prétend représenter.
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