Ouattara s’accroche à sa « recomposition » de la CEI : Quand un parti « majoritaire » a peur de la transparence

Alassane Ouattara lors de son discours à la Nation le lundi 31 décembre 2018

Le président a fait une déclaration qui est quelque peu passée inaperçue, le 1er avril 2019, à l’occasion de la rentrée parlementaire. En effet, il continue de s’accrocher à l’idée de recomposition de la au lieu de la réforme. Une volonté qui cache la peur du de perdre les élections en 2020, après avoir passé dix ans au pouvoir, sans réelle compétition électorale et alors qu’il prétend être majoritaire.

« Par  ailleurs,  j’ai  instruit  le  Premier  ministre,  à  l’effet  de  rencontrer  les responsables des partis politiques et de la société civile en vue de réexaminer la composition de la Commission électorale indépendante, comme je l’avais promis, conformément aux recommandations de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples », a déclaré Alassane Ouattara.

« A l’issue de ce dialogue politique entamé début janvier 2019, je déposerai devant votre institution un projet de loi relatif à la Commission électorale indépendante, prenant en compte les propositions qui renforcent la confiance dans cette importante institution », a précisé Ouattara.

Après le retropédalage de Sidi Tiémoko, qui a admis que le gouvernement s’était trompé quand il a parlé de recomposition de la CEI, conformément à l’arrêt de la CADHP qui exige une réforme de la loi électorale, l’on avait cru que le RHDP au pouvoir s’était résolu à réformer en profondeur la CEI. Que non.

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La dernière sortie du chef de l’Etat commence à donner raison à l’analyste politique qui clame depuis le début que le pouvoir RHDP a conscience qu’il n’est pas aussi majoritaire qu’il le prétend. « Quand on se dit majoritaire et qu’on croit en sa majorité, on n’a pas peur de rendre le jeu électoral transparent. C’est une question de bon sens. Quand un pouvoir hésite à rendre le système électoral transparent, c’est qu’il a conscience qu’il possède une majorité wouya wouya et entend bien utiliser l’arme de la commission électorale, pour opérer un passage en force. C’est dommage pour le et/ou le RHDP qui sont bien placés que n’importe quel parti politique en Côte d’Ivoire, pour savoir qu’un passage en force dans une élection sérieuse comme la présidentielle, a toujours abouti à des conséquences imprévisibles pour le président sortant. L’histoire des élections de 2000 et de 2010 est encore dans nos mémoires, y compris dans celle des tenants actuels du pouvoir. »

Au demeurant, à écouter Ouattara, il n’entend pas obtenir un consensus autour de la réforme, avant de proposer un projet à l’Assemblée nationale. Il se contentera d’envoyer sa version à lui, au parlement, comme il l’a déjà fait lors du référendum de 2016. La question qu’on se pose est : le Président Alassane Ouattara est-il vraiment préoccupé par le renforcement des acquis démocratiques dans son pays ou par leur destruction ?

Emmanuel Gautier

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