« Bilan inattaquable » de Ouattara : « Ce n’est pas le pays qui va bien, mais ses gouvernants »

"Ne donne pas ta voix à la pauvreté" : affiche de campagne du candidat Alassane Ouattara, en 2010

Fin de deux quinquennats présidentiels , président du Rassemblement des Fiers Ivoiriens (R.F.I.), lance le débat : « De quel « bilan inattaquable » nous parle-t-on, au juste, dans ce pays ? »

C’est dans un peu moins de 20 mois que la cloche sonnera la fin des deux quinquennats présidentiels du chef de l’Etat. Dix années consécutives auront ainsi servi, pour lui, à gouverner le pays sans qu’aucune crise (politique ni militaire) majeure ne lui fasse obstacle ni blocage. Il a vraiment eu les mains libres pour réaliser son projet de société et son programme de gouvernement. Un chef d’Etat ne peut pas mieux rêver, à la tête d’un pays gouvernable. Mais qu’a-t-il fait, au juste, pour le pays, alors qu’il pouvait tout faire ?

C’est une question essentielle à laquelle il devra lui-même répondre. Or, on l’entend dresser déjà son bilan parfait : il le dit surtout  « inattaquable ». Mais, quel est, au juste, ce « bilan inattaquable » ? La perspective de rendre compte, au peuple, de ce qui a été concrètement réalisé en près de dix années de pouvoir, de gouvernance et de gestion, ferait-elle tellement peur, qu’on ne voudrait pas voir quiconque sourciller pour voir les choses de plus près ?

Ce que nous voyons donc, de plus près, c’est que le super président économiste (il est détenteur d’un PHD en économie, a été Directeur adjoint du FMI avec Michel Camdessus pour Directeur Général, a été Gouverneur plénipotentiaire, puis Gouverneur honoraire aujourd’hui, de la BCEAO) défend un bilan exclusivement macro-économique, de dix ans d’exercice présidentiel au sommet de la Côte d’Ivoire.

Il soutient mordicus qu’il a fait baisser l’inflation en Côte d’Ivoire, à un taux annuel de 1 à 2%, qu’il a développé la croissance économique du pays avec un taux annuel de 8% (tendant vers la fameuse croissance à deux chiffres), qu’il a stabilisé la dette de l’Etat à moins de 45% du PIB (Produit intérieur brut), qu’il a réduit la pauvreté nationale à moins de 40%, avec une fourniture en électricité et en eau courante à plus de 82% du besoin national – ce qui reste tout à fait discutable au vu des réalités existentielles du peuple. Il brandit aussi la réalisation d’infrastructures économiques, telles que les ponts, routes, chaussées et chaux – qui d’autre, aurait donc fait ces infrastructures, pendant que c’est lui qui est chef d’Etat ?

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Mais, brusquement, alors qu’il est déjà en fin de mandat, le voilà qui annonce, comme s’il venait de se réveiller du fétichisme de la croissance économique à deux chiffres, qu’il va investir beaucoup plus d’un milliard d’euros supplémentaires dans la politique sociale du pays, en dehors de la ligne budgétaire prévue dans ce secteur. Et que dit-il pour justifier ce brusque geste plein de « générosité » ? Qu’il a entendu les Ivoiriens évoquer leur insatisfaction sociale, malgré la croissance économique du pays…

Du peuple ivoirien qui vit les conditions sociales inacceptables que lui-même sait, ou du chef de l’Etat qui s’émerveille des chiffres d’affaires virtuels que son gouvernement produit, qui contredit vraiment qui ? Qui vit la vraie vie de galère, et qui est confortablement installé dans une vie rose et jouissive ? Pourquoi annoncer subitement, en fin de mandat, et pour la période 2019-2020, un investissement si massif dans le secteur social, si tant était le peuple qui croupit dans ce secteur délaissé par les pouvoirs publics, recevait une juste et équitable part de redistribution de la richesse nationale ? Pourquoi faire absolument croire qu’on a un pays dont la santé économique est au beau fixe et excellente, et que, par conséquent, le peuple vit obligatoirement heureux, alors que ce n’est pas vrai ? Non, ce n’est pas le pays qui va bien, mais ses gouvernants. Ce qui ne va pas, c’est le double-discours officiel de ruse et de démagogie qu’on nous sert dans le langage du pouvoir.

Oui, nous le disons haut et fort : le bilan du chef d’Etat est attaquable. Son programme de gouvernement n’a pas été inclusif et son projet de société est resté partiel. Pendant près de dix ans, et tout le long de deux quinquennats présidentiels, la gouvernance ultralibérale, baptisée « émergence économique », a plutôt laissé et plongé le secteur social de la Côte d’Ivoire dans l’oubli et la méprise.

« Qui donc se nourrit tant des fruits dorés de cette croissance économique dont le taux annuel de 8% fait la grande fierté du pouvoir en place, pendant que le vrai seuil de pauvreté grimpe à plus de 51% ? »

Qui donc se nourrit tant des fruits dorés de cette croissance économique dont le taux annuel de 8% fait la grande fierté du pouvoir en place, pendant que le vrai seuil de pauvreté grimpe à plus de 51% ? Quand on a eu une succession de gouvernements pléthoriques et forcément budgétivores, quand on a créé, sur-mesure, des institutions de trop et toutes aussi budgétivores, telles que la vice-présidence de la République, le Sénat, la Haute Autorité pour la bonne gouvernance (qui n’est, elle, qu’une caisse de résonnance), quand on passe son temps à financer, avec l’argent du contribuable, le débauchage et la transhumance politique de hauts cadres d’autres partis politiques pour élargir le soutien au régime, on ne peut pas dire et soutenir, en répondant à cette question existentielle, que c’est le peuple qui bénéficie des fruits de la fameuse croissance économique…

Mais alors ! Et si on demandait à nos gouvernants de justifier leurs biens (financiers et matériels) avant la présidentielle de 2020 ? Et si on exigeait un audit de gestion économique et financière de l’Etat ivoirien (et de ses régies financières, Trésor public, Impôts, Douanes, Ports et aéroport, filière cacao, exploitation pétrolifère et minière, Télévision nationale pour la redevance , exploitation énergétique et fourniture en eau courante, surtout), comme préalable aux élections générales qui s’annoncent, pour tout clarifier et voir si  cette croissance économique au taux de 8%, est inclusive ou non ? Il faut que la Côte d’Ivoire se donne ce recours, démocratique et indépendant, de pouvoir faire auditer les pouvoirs publics. Et si, parce que tout va mal pour le peuple et qu’on n’a plus confiance en nos gouvernants, on demandait à l’Union Européenne de veiller à cet audit public et d’en acter l’exécution?

Sylvain Takoué,

Président du

Rassemblement des fiers ivoiriens (R.F.I.)

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