Côte d’Ivoire : « Soro le téméraire se cache pourtant de sa propre ombre » (Pro-RHDP)

Soro Guillaume
Soro Guillaume

Dans la crise entre le RHDP unifié et le PDCI d’une part et le RHDP unifié et les Soroïstes d’autre part, des voix s’élèvent pour dire qu’il faut absolument, que les ex-alliés du RHDP s’entendent. Contribution. Le titre est de la rédaction. 

Les colombes, puisque c’est ainsi qu’ils aimeraient être perçus, ne ratent aucune occasion pour recadrer les faucons, ceux qui pousseraient le Chef de l’État à accélérer la mise en place du parti unifié, malgré les réserves d’Henri Konan Bédié et de Guillaume Soro. Les faucons, ce sont donc les Pro-RHDP du PDCI, affublés du qualificatif outrageant de militants alimentaires, et les cadres Pro-RHDP du RDR, désormais présentés comme l’incarnation de l’ingratitude et de la méchanceté.

Et que proposent-ils concrètement pour que cette entente advienne effectivement? Rien de solide, n’ayant pas eux-mêmes une bonne connaissance de ce qui les oppose. Ce qui oppose le Président d’honneur du RDR et Président du RHDP au PAN, c’est le refus de ce dernier de se contenter de la place qui lui a été faite dans l’équipe dirigeante du RDR. En effet, le « Petit » veut griller la politesse aux fidèles compagnons des années de braise afin d’obtenir l’investiture du RDR, quant à l’élection présidentielle de 2020.

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Ce qui serait de son point de vue la reconnaissance de sa bravoure (?) et du rôle qu’il a joué dans l’ascension de ce parti au pouvoir d’État. Dans cette disposition d’esprit, il voit d’un mauvais œil le parti unifié, conscient de ce qu’en dehors du RDR, aucun autre parti membre de la coalition ne peut lui faire cette faveur. Or, même au RDR, l’on considère que l’accession du Président Ouattara à la magistrature suprême était inéluctable, ayant proprement gagné l’élection présidentielle de 2010, comme pour dire qu’il ne doit pas grande chose à Soro.

D’ailleurs, pense-t-on, Soro a déjà été suffisamment rétribué, en postes et en protection, pour ce qu’il a fait. En plus des actes répétés de défiance, d’insubordination et de manque de respect à l’égard du Chef de l’État, il lui est reproché sa trop grande propension à critiquer le régime au pouvoir, comme s’il n’en faisait pas partie.

« Esseulé par le retrait de nombreux de ses inconditionnels de la fronde, surveillé comme du lait sur le feu, réduit à tweeter et à publier ses selfies, en « attendant Godot », Soro se cache de sa propre ombre »

La liberté de ton de ses lieutenants, les activités parallèles des mouvements politiques se réclamant de lui, le coup fourré qu’il a fait au gouvernement lors des violentes manifestations des démobilisés à Bouaké, sa participation à la mise en place de la coalition politique en préparation à Daoukro, le sponsoring de nombreux candidats indépendants aux dernières élections locales et ses nombreuses fugues ont finit par agacer tout le monde, y compris ses propres partisans.

Esseulé par le retrait de nombreux de ses inconditionnels de la fronde, surveillé comme du lait sur le feu, réduit à tweeter et à publier ses selfies, en « attendant Godot », Soro se cache de sa propre ombre, mettant en cela en doute sa supposée témérité. Ayant ainsi perdu la confiance de ceux dont l’opinion compte pour plusieurs dans la Case, il ne lui reste plus que cette alternative : se fondre dans le moule ou « aller se faire voir ailleurs ».

Quant-à la mésentente entre Ouattara et Bédié, elle résulte du rétropédalage de Bédié sur le parti unifié, en réaction au refus de son « frère cadet » de lui permettre de choisir tout seul le candidat dudit parti, à l’élection présidentielle prochaine. En lieu et place du PDCI-RDR, le Chef de l’État, « contre-propose » un parti plus inclusif dont le candidat en 2020 devrait être le meilleur profile d’entre tous ses militants.

Dans l’entendement du Président Ouattara, le meilleur profile, c’est une personnalité moins âgée qu’eux, Bédié et lui-même, réputée de bonne moralité, capable non seulement de renforcer les acquis socioéconomiques de sa gouvernance mais aussi d’achever les projets en cours et de maintenir le cap en matière de cohésion sociale, en tournant définitivement le dos à ‘l’Ivoirité ».

« Même si par extraordinaire Ouattara reconnaissait et consentait à appliquer le deal sur l’alternance dont ils auraient convenu, Bédié pourra-t-il à nouveau coopérer avec « le pouvoir dictatorial et antidémocratique » de ce dernier, sans paraître ridicule ? »

Quand Daoukro crie à l’ingratitude, la rue Lepic répond en disant que Bédié est insatiable, vu tout ce qui est fait pour lui-même, pour les membres de sa famille proche et de sa tribu, en termes de dons, de prises en charge et de promotion sociale. Ce malentendu a fini par créer dans les deux camps un profond malaise et un sentiment de colère qui ont forgé la détermination des uns et des autres à en découdre… démocratiquement.

Dans une telle ambiance, de quelle marge de manœuvre disposent les colombes pour faire taire les récriminations et rapprocher ces deux positions ? Bédié peut-il prendre le risque de perdre à jamais sa crédibilité en faisant marche arrière, après avoir dit devant les chefs de sa tribu qu’il n’acceptera jamais que le « jeune », qu’il a fait roi, détruise le PDCI en le fondant dans le RHDP ?

Même si par extraordinaire Ouattara reconnaissait et consentait à appliquer le deal sur l’alternance dont ils auraient convenu, Bédié pourra-t-il à nouveau coopérer avec « le pouvoir dictatorial et antidémocratique » de ce dernier, sans paraître ridicule ? Comment s’en sortirait-il avec tous les anti-RHDP et anti-Ouattara qui grouillent désormais autour de lui, si l’envie lui prenait de revenir dans la discussion sur le parti unifié?

Concernant le Président Ouattara, personne n’imagine vraiment qu’il puisse se dédire, après s’être si fermement engagé et avoir mis à la tâche l’essentiel de ce que le pays compte de cadres influents. Un rétropédalage de sa part est d’autant plus difficile à imaginer que la ruée des élus locaux, têtes de listes indépendantes et des cadres du PDCI vers le RHDP a renforcé sa conviction d’avoir fait le bon choix.

D’ailleurs, pourquoi changerait-il de position maintenant qu’il est établit, comme le montre le bilan des dernières élections locales, que le parti unifié est de loin la première force politique du pays ? Et même s’il le voulait, il ne peut donner à son aîné le pouvoir de choisir tout seul le candidat du RHDP, parce-que ce pouvoir-là, il ne l’a pas lui-même.

La mésentente entre les coalisés d’hier relève donc principalement de la lutte pour le pouvoir. Dans cette guéguerre, de gros moyens financiers ont été investis, des actes ont été posés et des propos ont été tenus, qui ressemblent à des positions de non retour. D’où ces questions : que proposent concrètement les promoteurs de « l’entente à tout prix » pour qu’elle advienne véritablement ?

Qu’est-ce qui peut bien rendre si impérieux, voire obligatoire, un deal entre trois acteurs politiques dans une démocratie, au point où l’on aurait engagé des guides religieux et des chefs coutumiers à jouer le rôle de facilitateurs ?

L’on peut regretter que les alliés d’hier ne perçoivent plus les choses de la même manière, que les ambitions personnelles des leaders l’aient emporté sur l’intérêt général du groupe, que les égos et les problèmes de personnes les aient séparés, que l’alliance qui a restauré la sécurité, la paix et la stabilité des institutions après avoir profondément réformé les institutions et réalisé de grands projets structurants se soit consumée sur l’autel des intérêts partisans.

Mais de là à penser que cette mésentente soit porteuse de grands périls pour la nation, c’est une peur sans fondement qu’il faut se garder de communiquer aux Ivoiriens. En effet, rien dans une démocratie ne rend obligatoire ce type d’arrangement. La LMP, le CNRD et le Front Républicain ont existé, ils n’existent plus et cela n’a eu aucun impact sur la vie des Ivoiriens.

De même, le RHDP peut mourir sans que cela ne mette en péril la paix sociale. Le seul deal qui vaille la peine, dans un état moderne, c’est l’engagement sincère des acteurs politiques en faveur du respect des règles du jeu démocratique et des institutions de la République. C’est aussi et surtout la transparence des élections et la sincérité des scrutins.

Les Ivoiriens n’ont pas besoin de politiciens dealers, ils ont plutôt besoin de voir à l’œuvre des femmes et des hommes résolus dans leurs propres convictions et ayant des projets de bonheur pour la communauté entière. La Côte d’Ivoire n’a pas à se soucier des difficultés qu’éprouvent les alliés d’un camp à adopter une alternance à la mangeoire. Ce dont notre pays a besoin, pour sa stabilité et son épanouissement, c’est d’une vraie réconciliation entre les protagonistes de la crise post-électorale.

Mieux qu’un arrangement entre trois leaders, toute la classe politique ivoirienne doit s’accorder sur les actions à mener pour éviter une autre crise liée aux élections. Autrement dit, réformer la composition de la CEI, faire un nouveau recensement électoral, élaborer une liste électorale consensuelle, procéder à un nouveau découpage électoral basé sur des critères définis de commun accord et assurer la transparence et la sincérité des scrutins à venir.

« Il est juste et bon que le RHDP souscrive à toutes les initiatives de conciliation »

Pour une dialectique moderne dans la politique ivoirienne, les médias de service publique doivent instaurer des débats sur les sujets qui intéressent les Ivoiriens de sorte qu’aucun acteur politique ne se sente privé de son droit à la parole et ne veille pour cela user de moyens violents pour se faire entendre, comme ce fut le cas un certain 19 septembre 2002.Le débat sur le RHDP parti unifié n’est pas un débat national.

Il s’agit d’un débat qui se tient à l’intérieur d’un groupement politique. C’est un débat partisan qui ne doit en principe mobiliser ni chefs coutumiers ni leaders religieux. Les joutes oratoires auxquelles nous assistons actuellement préfigurent les batailles électorales à venir. En raison de l’importance des enjeux, les tenants de « l’entente à tout prix » doivent s’attendre à des discussions difficiles et longues.

Il est juste et bon que le RHDP souscrive à toutes les initiatives de conciliation mais il doit éviter le piège de l’inaction et du statut quo. Nous exhortons donc le président du RHDP à demeurer vigilant et mobilisé, à poursuivre avec le même zèle, le processus de constitution du parti unifié, jusqu’à son achèvement. Nous l’encourageons à ne rechigner sur aucun sacrifice pour mettre en place et rendre opérationnels ses organes, ses instances et ses structures, avant la fin de année 2019.

En restant ouvert aux nouvelles adhésions, il faut hâter et intensifier les activités de recrutement de militants. De même, il faut occuper le terrain par des missions d’explication dans l’optique de permettre à chaque Ivoirien de faire un choix éclairé. Parce que finalement, l’adhésion au RHDP est moins un problème de parti politique que d’individu.

Paul Maurice Dogbo Pépé

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