Un militant du PDCI à Guikahué : « vous avez refusé d’entrer au bureau de l’Assemblée nationale, aujourd’hui, le PDCI subit toutes les décisions »

Lettre ouverte de Nanwlé Kouassi, militant du PDCI de Ouragahio, à Maurice Kakou Guikahué, Secrétaire exécutif en chef du parti d’Henri Konan Bédié.

Monsieur le Secrétaire exécutif, je me suis senti particulièrement interpellé par votre dernière conférence de presse relative à la révision constitutionnelle en cours dans notre pays.

Au cours de cette conférence de presse, aux allures de règlement de comptes avec Monsieur Jeannot Ahoussou-Kouadio, Président du Sénat, vous tentiez avec une maladresse et une mauvaise foi inégalées de démontrer le caractère prétendument illégal de la révision dont il s’agit à l’opinion nationale et internationale.

Monsieur le Secrétaire exécutif, dans une argumentation (juridique ?) bafouillée, embrouillée et totalement désordonnée (il est connu que l’on ne s’improvise pas juriste), vous évoquiez deux points pour soutenir votre branlante position.

D’une part, invoquant l’article 134 de la Constitution, vous prétendez que la résolution portant organisation et fonctionnement du Congrès aurait dû, avant son application, être déférée au Conseil Constitutionnel afin de vérifier sa conformité avec la Constitution.

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D‘autre part, vous vous appuyez sur l’article 2 du protocole de la CEDEAO relatif à la démocratie et à la bonne gouvernance qui prescrit « qu’aucune réforme substantielle de la loi électorale ne doit intervenir dans les 6 mois précédant les élections sans le consentement d’une large majorité des acteurs politiques ». Sur ce second point, vous concluez que la révision constitutionnelle en cours dans notre pays est hors délai puisque, toujours selon vous, l’élection ne se limite pas au scrutin mais qu’elle comprend un certain nombre d’opérations préélectorales.

Monsieur le Secrétaire exécutif, en tant que militant du PDCI-RDA et Juriste de formation, je me suis senti particulièrement humilié par de telles hérésies, même si magnanime, j’aurais pu être tenté d’édulcorer votre responsabilité, en raison de votre illettrisme juridique.

Vous avez parlé en français facile (dans tous les cas le langage soutenu ne fait pas partie de votre ADN), je préfère, pour ma part, coupé court :

  1. Les résolutions des assemblées parlementaires n’ont pas valeur de loi et, de ce fait, ne sont pas soumises au contrôle de constitutionnalité évoquées à l’article 134 de la Constitution.
  2. Le Règlement de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire visé à l’article 4 de cette résolution a déjà subi l’épreuve du contrôle de constitutionnalité.
  3. Le protocole de la CEDEAO relatif à la démocratie et à la bonne gouvernance fixe un délai de 6 mois avant les élections. L’interprétation extrapolée consistant à inclure dans ce délai l’ensemble des opérations préélectorales est tout simplement farfelue. Qui a organisé une élection sait très bien que les opérations préélectorales commencent de longues années avant. Même le recensement général de la population, l’organisation et le découpage territorial et/ou administratif, qui relèvent de la gouvernance ordinaire d’un Etat, peuvent, dans une compréhension lato sensu, être considérés comme des opérations préélectorales. Vous allez plus loin en tentant, de votre propre chef, de procéder à une sélection malavisée de ce que vous considérez comme opérations entrant dans le cadre des élections.

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Monsieur Guikahué, il serait lucide de votre part de vous éloigner de débats qui se situent dans votre sphère d’incompétence. On ne s’improvise pas juriste.

En tout état de cause, et c’est la raison pour laquelle, il ne m’a pas semblé utile de m’étendre sur ces différents points, le Conseil constitutionnel est saisi pour déclarer la loi de révision constitutionnelle conforme ou non à la Constitution.

De la même manière, la CEDEAO, si elle est saisie, pourra se prononcer sur ladite loi.

Mais au-delà des aspects de droit ci-dessus, Monsieur le Secrétaire exécutif, la gestion politique de cette révision constitutionnelle a étalé toute votre incapacité à administrer notre parti.

En effet, au moment de l’examen de ce texte par la Commission des Affaires Générales et Institutionnelles de l’Assemblée nationale, vous avez opté pour la politique de la chaise vide alors même que les Sénateurs membres de notre groupe parlementaire ont déjà bel et bien participé aux débats et au vote sur le texte au Sénat aussi bien en Commission qu’en plénière. En matière de stratégies des plus absconses, il serait difficile de vous égaler.

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Monsieur le Secrétaire exécutif, n’aviez-vous pas le calendrier des travaux parlementaires bien avant ?

Pour ce qui est de la stratégie de la chaise vide, à maintes reprises, nous avons appelé votre attention sur le caractère contre-productif de cette posture.

Sous votre houlette, le PDCI-RDA a boycotté l’élection d’Amadou Soumahoro à la présidence de l’Assemblée nationale, aujourd’hui, vous le reconnaissez comme tel. Vous lui donnez du « Monsieur le Président », sans fausse honte. À l’hémicycle, en sa qualité de Président de l’Assemblée nationale, vous lui demandez la parole, il vous la donne et il vous la retire, vous lui adresser des correspondances…

Quelle inconséquence ! Quelle incohérence !

Vous avez refusé d’entrer au bureau de l’Assemblée nationale, vous subissez aujourd’hui toutes les décisions qui y sont prises, dont notamment la levée de l’immunité parlementaire de 7 de nos honorables députés.

Comme toute stratégie pour contrer le projet de révision constitutionnelle, vous n’avez pas trouvé mieux, une fois de plus, que de fuir le débat parlementaire.

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Eh bien, croyez-moi, dans les prochains jours, cette révision constitutionnelle sera déclarée conforme par le Conseil constitutionnel et promulguée par le Président de la République comme loi de l’Etat.

Monsieur le Secrétaire Exécutif, retenez une fois pour toutes que lorsqu’on est incapable d’infléchir les décisions en mobilisant dans la rue, on ne se prive pas des seules armes dont on dispose : le débat, la discussion, la négociation et le vote.

Nous contestons actuellement la composition de la CEI. Je vous mets au défi, le Gouvernement n’y changera rien. Dans ce cas de figure, j’espère que vous resterez cohérents avec vous-mêmes en appelant nos militants à s’abstenir de participer au scrutin.

Monsieur le Secrétaire exécutif, constatez avec moi que nos cadres, les meilleurs sont partis : Duncan, Ahoussou, Achi, N’doli, AKA Aouélé…

Quoi qu’on dise, eux on fait le choix de la cohérence et du pragmatisme. Le PDCI RDA n’avait plus rien à leur offrir…par votre faute. Vous avez mis tout en œuvre pour les éloigner du Président Bédié. Le résultat est là aujourd’hui : notre parti va à vau-l’eau. Aucun sens de l’anticipation. Le RHDP mène le bal à sa guise, le Président Ouattara distribue et retire les cartes. Nous sommes à sa traîne, incapables de la moindre anticipation.

Vous traitez aujourd’hui Ahoussou de mauvais juristes ; pourtant depuis les années 90, il a été l’avocat du Président Bédié et du PDCI-RDA. Visiblement, vous digérez mal sa fonction de Président d’Institution ; ce dont vous avez toujours rêvé, c’est un secret de polichinelle. Mais ça va vous passer. Comme vous êtes médecin, vous saurez trouver le laxatif qui vous permettra de vous sentir mieux dans votre peau avec cette réalité implacable.

Daignez laisser ce Monsieur tranquille, lui comme Achi en savent beaucoup. Et vous en êtes conscients.

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En temps normal, avec toutes les casseroles que vous traînez sur votre bosse, si vous aviez une dose suffisante d’honneur et de dignité, vous vous seriez refusé depuis longtemps de participer au débat public dans ce pays.

Monsieur le Secrétaire exécutif, vous comprenez que vous avez lamentablement échoué. Il serait préférable que vous en tiriez toutes les conséquences, sinon nous serons amenés à prendre nos responsabilités.

Il est évident que le PDCI-RDA est un parti trop important, trop sérieux pour le laisser entre vos petites mains.

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