Exclusif / Côte d’Ivoire « taux de chômage entre 70% et 90% » : Voici le vrai rapport de la BAD

En mars 2018, la Banque africaine de développement a présenté à Abidjan, son rapport 2018, des perspectives économiques en Afrique de l’Ouest. Nous vous reproduisons l’extrait qui parle du en Côte d’Ivoire et qui contredit les chiffres officiels jugés fantaisistes par certains.

À première vue, le chômage en Afrique n’est pas plus catastrophique qu’ailleurs. Les taux de en développement de cibler les personnes recherchant activement un emploi) ou plus stricte (à l’exclusion de ceux qui ne cherchent pas activement un emploi). Les différences de taux de chômage dans les pays d’Afrique de l’Ouest reflètent plus la manière dont les statistiques sont collectées dans les pays que les différentes structures économiques ou marchés du travail (voir Encadré 1). Les emplois de faible qualité à cheval entre emploi et chômage ou entre participation au marché du travail et inactivité méritent une attention particulière dans l’interprétation des taux de chômage.

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Il est aujourd’hui admis que, pris isolément, le taux de chômage n’est pas un indicateur approprié de la performance du marché du travail. Le statut des travailleurs africains peut mieux se résumer par la somme du taux de chômage et du taux de sous-emploi.

Cette somme est bien au-dessus de 50 % dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest. De même, l’ propose de faire la somme de la proportion de travailleurs irréguliers et du taux de chômage pour trouver la proportion d’emplois vulnérables parmi les travailleurs africains15. Les travailleurs irréguliers comprennent les travailleurs indépendants, les travailleurs familiaux, les travailleurs saisonniers et les travailleurs temporaires.

Beaucoup de jeunes travailleurs irréguliers interrogés lors des enquêtes nationales se considèrent comme des chômeurs, bien que les statistiques officielles les considèrent comme des chômage y sont plus modérés que dans beaucoup d’autres régions du monde (Figure 21).

« Le chômage des jeunes dans les pays à revenu intermédiaire est supérieur de 6,5 points de pourcentage à celui des pays à faible revenu »

Le taux de chômage officiel, calculé selon la méthode de l’OIT, est très faible en Afrique. Au Bénin, il n’était que de 1,7 % en 2017, et jamais supérieur à 2,2 % entre 2000 et 2017. Au Burkina Faso, il n’a jamais dépassé 5,0 % durant la même période. Ailleurs, il a varié de 10 à 15 %. Cela n’est pas particulier à l’Afrique. Il existe souvent des différences notables entre les taux de chômage des pays à revenu élevé et des pays à faible revenu, et les pays plus pauvres affichent très souvent des taux plus bas. Le chômage des jeunes dans les pays à revenu intermédiaire est supérieur de 6,5 points de pourcentage à celui des pays à faible revenu.

C’est en partie un effet du revenu : quand les jeunes jugent que le marché du travail est trop informel, ils préfèrent abandonner l’emploi (peut-être pour retourner à l’école), mais les jeunes les plus pauvres n’ont pas d’autre option que de travailler. En outre, le taux de chômage peut varier jusqu’à deux fois selon que le chômage est défini de manière plus vague (en tenant compte de la difficulté dans la plupart des pays  employés.

Le pourcentage des emplois vulnérables a légèrement augmenté au Cap-Vert après les années 1990, mais encore moins dans les autres pays d’Afrique de l’Ouest, malgré la croissance du PIB (Figure 22).

La part cumulée des emplois vulnérables et des chômeurs dans la population active a atteint un pic d’environ 90 % au Bénin et au Niger en 2016. Elle a varié entre 70 % et 90 % en Côte d’Ivoire, en Gambie, au Ghana, au Mali, au Sénégal et au Togo, et elle était beaucoup plus petite dans d’autres pays (Tableau 1). Au Cap-Vert, elle a atteint environ 45 %. La part cumulée de la Gambie était inhabituelle : son taux de chômage était élevé, près de 30 %, mais la part de sa population active vulnérable était modérée, autour de 50 %.

Le sous-emploi est un autre indicateur de la mauvaise qualité de la plupart des emplois en Afrique. Il se définit par deux caractéristiques : les heures de travail et la productivité du travail. Les heures de travail inadéquates (les heures travaillées sont moins nombreuses que la norme et que le travailleur le souhaiterait) créent un sous-emploi visible.

« un travailleur peut être sous-employé en termes d’heures de travail, de qualifications et de revenu »

Une productivité du travail inadéquate, le travail effectué ne correspond pas aux qualifications du travailleur ou n’offre pas le revenu que le travailleur peut espérer créer un sous-emploi invisible 16. Les types de sous-emploi ne sont pas mutuellement exclusifs : un travailleur peut être sous-employé en termes d’heures de travail, de qualifications et de revenu.

En Afrique de l’Ouest, le sous-emploi est plus invisible que visible. En fait, les heures de travail des travailleurs précaires qui occupent un emploi non standard et sont mal payés, précaires, non protégés et incapables de subvenir aux besoins d’un ménage dépassent souvent de loin les normes du Code du travail. Et leur rémunération est très faible par rapport aux rémunérations du secteur formel.

Source :

André Silver Konan : Où était Gbéléban quand Tiken Jah critiquait Bédié, Guéi et Gbagbo ?

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