Présidentielle ivoirienne 2020 : Opération Abdoulaye Wade sur Alassane Ouattara (Jean Bonin)

Alassane Ouattara va certainement connaître le sort d'Abdoulaye Wade en 2020, s'il persiste à être candidat
Alassane Ouattara va certainement connaître le sort d'Abdoulaye Wade en 2020, s'il persiste à être candidat

: Opération sur Ouattara (). Décryptage du juriste ivoirien, dont le titre originel était : « Voici ce qu’il faut faire pour battre M. Ouattara en 2020 ».

Après qu’il ait lui-même suscité le débat sur son éventuelle candidature en 2020, il est important d’aller plus loin que les évidences en anticipant sur celle-ci qui est plus que probable même s’il semble préserver le mystère. C’est connu, en politique les non-dits parlent plus que les discours.

Aujourd’hui, tout Ivoirien lucide, réaliste et intelligent devrait se poser essentiellement deux questions : Ouattara sera-t-il candidat en 2020 ? Comment battre Ouattara en 2020 ? Là sont les deux (2) seules questions qui vaillent la peine d’être posées pour tous ceux qui veulent vraiment un changement démocratique et pacifique en 2020.

Ouattara sera-t-il candidat en 2020 ?

Sans hésitation je réponds par l’affirmative. Trois faits majeurs plaident en faveur de l’effectivité d’une candidature de M. Ouattara en 2020. D’abord, l’expérience du passé, ensuite, certains actes posés par M. Ouattara dans ce sens et enfin, la posture du Conseil Constitutionnel.

Jean Bonin
Jean Bonin

L’expérience du passé

Pendant plus de 20 ans la question de la candidature de M. Ouattara a cristallisé l’atmosphère politique ivoirienne, de Bedié à Guéi en passant par Gbagbo. Ils étaient nombreux ceux qui la main gauche sur le cœur et le glaive dans la main droite juraient que jamais cet homme ne serait candidat, encore moins président, dans ce pays.

Je n’y reviendrais pas, mais malgré toute cette énergie déployée pour empêcher M. Ouattara d’être candidat, il a fini par l’être et depuis 2011 il est, de fait, le chef de l’Etat ivoirien, de tous les Ivoiriens.

Je suis donc surpris qu’aujourd’hui encore les ivoiriens veuillent réengager ce même combat qui hier n’a pas prospéré alors que M. Ouattara était encore dans l’opposition et ne détenait aucun levier du pouvoir d’Etat. Tous ceux qui aujourd’hui hurlent, urbi et orbi, que M. Ouattara passera sur leur corps pour être Président en 2020 sont les mêmes qui déjà 2000 et en 2010 s’égosillaient pour nous persuader qu’il en sera ainsi et non autrement. Le résultat on le connaît tous. Il est depuis 2011 le chef de l’Etat ivoirien. A croire que les ivoiriens sont le seul peuple au monde qui ne tire pas de leçons de ses échecs d’hier pour ne pas avoir à les rééditer demain.

L’analyse de certains actes posés par M. Ouattara

Il y a des actes politiques posés par M. Ouattara qui ne laissent planer aucun doute sur la haute probabilité de sa candidat en 2020. Au nombre de ces actes je voudrais en citer particulièrement trois :

– la modification de la constitution pour faire sauter les verrous institutionnels que constituaient la limite d’âge du candidat à 75 ans et la limite des deux mandats de 5 ans.

– La volonté de créer (au forceps) un parti unifié.

– la détermination à écraser tous ceux qui se mettront sur son chemin

De nombreux analystes politiques croient (naïvement) qu’en 2020, M. Ouattara voudra positionner M. Kablan Duncan (74 ans) ou l’un de ses proches parmi lesquels M. Gon Coulibaly (59 ans), M. Hamed Bakayoko (53 ans) voire même M. Ahoussou Jeannot (67 ans).

« Mais à la réalité Ouattara a une carte maîtresse contre Soro qu’il peut sortir si nécessaire : la CPI. C’est une arme de dissuasion massive »

Mais si c’était cela (vraiment) l’objectif de M. Ouattara, pourquoi aurait-il supprimé l’article sur la limite d’âge dans la constitution de 2016 alors que, contrairement à lui que cette disposition élimine, tous ces poulains que j’ai cité n’auront pas un problème d’âge en 2020, à l’exception de Duncan, mais qui n’a pas un problème avec la limite de mandat.

Une arme contre Soro

Idem en ce qui concerne la limite des deux (2) mandats. Il est le seul que cette limite de mandat empêche d’être candidat en 2020, raison pour laquelle il a fait sauter cette disposition dans la constitution qu’il a unilatéralement doté la Côte d’Ivoire. En définitive il faut faire preuve d’une grande naïveté pour croire que M. Ouattara n’avait pas prémédité  et planifié sa candidature de 2020 en se donnant tous les moyens politiques (parti unifié) et institutionnels (constitution, et Conseil Constitutionnel) pour atteindre son objectif de se représenter en 2020.

Le parti unifié est le tremplin  politique qu’il compte utiliser pour soutenir sa candidature en 2020. Il a déclaré à ce sujet que le candidat du parti unifié serait le meilleur d’entre eux. Pour lui, le meilleur candidat c’est celui qui a le plus d’expérience et de compétence. En le disant il pense évidemment à lui et non à personne d’autre. En quoi serait le plus expérimenté et le plus compétent ? Ça ne peut pas être non plus octogénaire (84 ans) qui en 2020 aura 86 ans. Si Bedié était le favori de M. Ouattara il aurait simplement adoubé l’appel de Daoukro en soutenant ici et maintenant l’idée d’une candidature d’un militant actif du , ce qu’il refuse catégoriquement.

A lire aussi. 3è mandat, Bacongo se ridiculise : « Oui la constitution ne permet pas à Ouattara de se présenter en 2020, mais… »

Par ailleurs, en chassant de l’administration publique tous les soutiens de Soro, tant au niveau gouvernemental que de la direction des Sociétés d’Etat il se donne les moyens de neutraliser un probable adversaire politique qui peine à cacher lui aussi ses ambitions pour 2020.  Mais à la réalité Ouattara a une carte maîtresse contre Soro qu’il peut sortir si nécessaire : la CPI. C’est une arme de dissuasion massive.

En brandissant l’arme politique de l’exclusion du futur gouvernement qu’il compte mettre en place de tous ceux qui n’auront pas pris l’engagement d’intégrer le parti unifié il se donne aussi les moyens d’assécher financièrement le PDCI. Il sait bien que les cadres du PDCI sont très attachés à leurs privilèges et que cela constitue leur Tallin d’Achille, eux qui depuis 2000 ont été de tous les gouvernements, bien qu’ayant été éjectés du pouvoir en 1999.

Le PDCI est-il aujourd’hui prêt à perdre (des postes dans l’administration) pour espérer gagner beaucoup plus que de simples postes de ministres ou de DG demain ? Rien n’est moins sûr.

Le Conseil constitution et la CEI

En 2020, le chef de l’Etat disposera de ses deux pièces maîtresses que sont la CEI et le Conseil constitutionnel.

Pourquoi refuse-t-il de réformer la CEI et partant de remplacer ? C’est élémentaire, a été un élément clé dans sa stratégie électorale de 2010, il en sera de même en 2020.

Alors que le président du Conseil Constitutionnel en 2010, Paul Yao N’Dré , a été dégommé, au profit de M. qui était au Golf hôtel avec l’actuel chef de l’Etat, puis finalement d’un proche de M. Ouattara, M. , le président de la CEI en 2010 a lui été conservé pour bons et loyaux services. Cet homme de « mission » est manifestement encore bon pour le (même) service en 2020.

Le Conseil constitutionnel est le dernier rempart sur lequel compte M. Ouattara pour voir sa candidature validée en 2020. M. Wodié ne rassurait plus, il a été « démissionné » au profit de M. Koné Mamadou.

« Le seul combat qui vaille la peine d’être mené avec toute notre énergie, c’est celui de l’unité de l’opposition pour battre en 2020, M. Ouattara ou tout autre candidature qu’il soutiendrait »

Koné a déjà, en 2015, transgressé la constitution en validant la candidature de M. Ouattara… par dérivation. Une notion complètement inconnue du droit. Il n y a aucune raison qu’il ne récidive pas en 2020.

Face donc à l’évidence que l’actuel Chef de l’Etat se représentera en 2020 et vu que personne ne pourra l’en empêcher, pas plus que cela n’a été fait en 2010, le bon sens commande qu’on s’organise (intelligemment) pour le battre dans les urnes.  C’est ce que Maky Sall a fait au Sénégal lorsque le Conseil constitutionnel a pris une décision plus politique que juridique pour valider la candidature de l’octogénaire Abdoulaye Wade qui après ses deux (2) mandats constitutionnels voulait rempiler pour un autre après avoir, lui aussi, fait modifier la constitution sénégalaise.

Comment battre Ouattara en 2020 ?

L’opposition doit parler d’une seule voix. L’idéal pour battre le chef de l’Etat en 2020 serait que l’opposition parle d’une seule voix et, en synergie, mutualise ses forces et ses stratégies pour rassembler autour d’un programme de gouvernement commun une majorité d’électeurs.

Malheureusement, en Afrique comme en Europe d’ailleurs, les partis de gauche sont plus des idéalistes et des théoriciens que des politiciens. Ce n’est pas le Parti socialiste français dont la cacophonie au sommet de l’Etat entre les différents clans a fini par lui faire perdre le pouvoir qui me contredira.

En Côte d’Ivoire, ils sont une poussière de partis politiques d’opposition, dont certains peineraient à remplir une cabine téléphonique, mais on en commun de tous se battent pour être le leader de la gauche plutôt que de se battre pour l’accession au pouvoir. C’est le plus grand mal qui mine l’opposition ivoirienne de gauche. La reconquête du pouvoir d’Etat ne semble pas être leur préoccupation majeure, à l’exception notable de Affi N’Guessan qui a déjà été candidat en 2015 contre M. Ouattara et qui prêche (dans le désert) pour l’unité du FPI et plus généralement de la gauche ivoirienne, d’une part, et de M. Koulibaly Mamadou, qui a déjà déclaré qu’il sera candidat en 2020 et qui principalement sur les réseaux sociaux mène sa campagne à travers de courtes vidéos sur la mauvaise gouvernance du régime de M. Ouattara, d’autre part.

Opposition unie

Une opposition unie pourrait aisément battre M. Ouattara en 2020 comme M. Gbagbo l’a battu en 2010, non pas en tant que candidat du FPI mais de La Majorité Présidentielle (LMP) une grande coalition de partis et de personnalités politiques de gauche et de droite.

La clé face à une CEI et un Conseil Constitutionnel acquis au Chef de l’Etat c’est l’unité de l’opposition comme les sénégalais l’ont fait dans le cadre du M23 et qui a permis de battre M. Wade ainsi que sa Commission Nationale Électorale Autonome (CENA) et son Conseil Constitutionnel.

Ils auraient boycotté sous le prétexte que les institutions étatiques sont contrôlées par le chef de l’Etat Sénégalais qu’ils n’auraient pas été portés à la magistrature suprême de leur pays. Le peuple sénégalais a compris que la résignation, le renoncement et le boycott n’étaient pas la bonne stratégie pour obtenir le changement dans leur pays.

Malheureusement, chez nous, la cacophonie qui règne au sein de l’opposition actuellement ne laisse planer aucun doute sur l’échec de toute tentative d’unir des partis qui mettent plus d’énergie à se combattre qu’à combattre le parti au pouvoir. Il vaut donc mieux dans ces conditions se tourner vers les partis de droite qui sont en rupture de banc avec M. Ouattara pour former cette nouvelle coalition qui elle seule pourra sauver la Côte d’Ivoire.

Le candidat de l’opposition doit être celui le plus à même de sortir la République de Côte d’Ivoire (RCI) de la spirale de la violence et qui rassure tout autant les militants du RDR. Après près de trois décennies de crises politiques dans notre pays, les ivoiriens aspirent à un peu de paix pour donner une chance au pays d’amorcer son vrai développement. Ce développement doit être inclusif et ne devra laisser personne au bord de la route.

Le meilleur candidat de l’opposition unie sera donc le candidat qui sera susceptible de rassurer également l’électorat de M. Ouattara, notamment ceux du nord, qui pour certains sont désillusionnés et qui tout de même, à tort ou à raison, craignent un retour du bâton à leur encontre en raison de ce que leur mentor n’a pas mis la réconciliation nationale au cœur de ses différents mandats.

Le candidat idéal de l’opposition pour battre M. Ouattara devra être tout à la fois un grand intellectuel et un homme de terrain qui a l’expérience du pouvoir tant au niveau local qu’au plus haut niveau de l’Etat. Ces atouts lui permettront de mieux appréhender les vraies préoccupations des ivoiriens, du nord comme du sud, de l’est comme de l’ouest.

Conclusion

Il faut s’unir et se mobiliser pour battre M. Ouattara dans les urnes plutôt que de se mobiliser pour empêcher sa candidature en 2020. Certes, il faut continuer à affirmer et réaffirmer qu’il est inéligible en 2020, mais il ne faut pas y consacrer toute son énergie. C’est un combat vain et qui n’en vaut pas la peine.

Le seul combat qui vaille la peine d’être mené avec toute notre énergie, c’est celui de l’unité de l’opposition pour battre en 2020, M. Ouattara ou tout autre candidature qu’il soutiendrait.

Jean Bonin

Juriste, citoyen ivoirien

André Silver Konan : « Aucune constitution ne permet à Ouattara d’être candidat éligible en 2020 »

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